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Mektoub, my love

Abdellatif Kechiche

>> Fatima Ouassak  

Publié le mardi 17 avril 2018




Le nouveau film d’Abdellatif Kechiche ne raconte pas d’histoire. Il ne se passe quasiment rien, un petit chagrin d’amour tout au plus, l’ambiance quasi-figée est à la carte postale, un peu comme ces vacances qu’on a passées dans le Midi cent fois, et dont on ne se souvient plus du tout.

Mais le film est tellement bien travaillé qu’on a l’impression que le fait qu’il ne se passe rien n’est pas de la responsabilité du réalisateur : Kechiche est venu filmer sur cette plage de Sète, et il ne s’est rien passé durant le tournage. S’il était venu la semaine d’avant ou la semaine d’après, il se serait peut-être passé quelque chose, mais sur cette période, rien. C’est le Mektoub, c’est comme ça, ce n’est pas la faute de Kechiche.

Avec qui s’ennuie-t-on ?

On s’ennuie beaucoup durant le film qui dure trois heures. Mais ce n’est pas grave. C’est un peu comme quand on s’ennuie sur la plage, on est en vacances, on est là pour ça, pour s’ennuyer. C’est même plutôt agréable. Il y a pas mal de répétitions aussi, mais là encore, c’est comme quand la voisine de serviette de plage nous raconte pour la troisième fois ce qui lui est arrivé la veille au café, les détails nous assomment, on écoute à moitié, mais on n’a rien d’autre à faire de toute façon, et puis il fait tellement bon, et la plage filmée par Kechiche est tellement magnifique.

De toute façon, le film ne prétend pas raconter une histoire dramatique. Il propose aux spectateurs/trices d’accompagner le réalisateur parti explorer quelques moments de la vie d’une chaleureuse famille issue de la petite bourgeoisie tunisienne, habitant le sud de la France, pendant l’été 1994. Une sorte de Sea-Sex-and-Sun chez les Arabes, Gainsbar oriental, orientalisé.

Le décor est ainsi planté chez cette famille arabe, avec les tantes, les oncles, les cousins et les cousines, et nous sommes invités à observer les relations entre de jeunes hommes arabes et de jeunes femmes blanches, venues en vacances sans leur famille. Qui sont ces jeunes hommes arabes, tellement aimés et désirés par ces jeunes femmes blanches ? Qui sont ces jeunes femmes blanches, tellement amoureuses de ces jeunes hommes arabes ? Qu’est-ce qui se joue dans leurs relations ? Voilà le sujet principal du film.

Les jeunes hommes arabes, ce sont principalement Amine et Tony, deux cousins. Kechiche arrive parfaitement bien à rendre ce qui les oppose. Amine est filmé pendant de longues séquences, en particulier les expressions de son visage, ses hésitations. Il est bien ancré dans le sol, installé sur sa chaise, entier, lent, il a le temps. C’est un artiste. Confident, empathique, disponible. À l’écoute des femmes blanches du film, de toutes les femmes blanches, même celle qualifiée d’ennuyeuse par les autres. Tony lui n’est jamais filmé longtemps, on voit à peine son visage, il est souvent de biais ou de dos, fuyant, il ne fait que passer. C’est un commercial. Il est direct et sûr de lui, il n’a pas le temps pour les larmes qu’il provoque, il joue, papillonne, va vite, passe vite à autre chose, passe vite d’une femme à l’autre.

Deux hommes arabes

Ces deux personnages ne sont jamais caricaturaux. Amine est filmé de manière à être lumineux et solaire. À plusieurs reprises dans le film, il est dit que « toutes les filles sont amoureuses de lui », et que « toutes les mères l’adorent ». Mais il s’encanaille de temps en temps, par exemple à l’occasion d’un subtil chantage afin d’obtenir des photos de nu. Et puis, il est souvent à la limite d’être un complet looser, celui qui n’arrive pas à conclure. Tony aussi a beaucoup de succès, mais lui passe à l’acte, c’est un tombeur, un beau parleur qui enchaine les conquêtes. Il joue le rôle du « mauvais garçon », celui que les parents essaieraient à tout prix de maintenir à distance de leur fille, s’ils étaient là. Mais la personnalité de Tony se complexifie de circonstances atténuantes, c’est beaucoup la faute de ses parents s’il est comme ça, son père est un « coureur de jupons », sa mère est « aigrie ».

Ces deux personnages tout en nuances, sont ceux à travers lesquels Kechiche entend avoir un point de vue, la face et le revers de la médaille de son alter ego.

Les hommes arabes dans le film sont donc mis en valeur par Kechiche, leur personnalité complexe s’apprécie sur des micro-millimètres de regard ou de sourire. À cet égard, il est important de souligner que Mektoub in love sort de la norme des films français dans leur rapport extrêmement raciste aux hommes arabes. Il se distingue du microcosme bourgeois et consanguin que forme la plupart des réalisateurs/trices blanc·he·s, mais aussi de beaucoup de réalisateurs-trices non-blanc·he·s qui se sentent obligé·e·s d’invisibiliser ou de diaboliser les hommes arabes pour espérer gagner la reconnaissance du milieu. Qu’on pense à Divines, Brio ou Cherchez la femme, pour les plus récents, et on comprend à quel point Mektoub in love fait partie des rares films français où les hommes arabes ne sont pas de pures caricatures.

Dans les jupons d’une brebis

Kechiche semble donc ne pas avoir de complexes. Malheureusement cela se conjugue avec un regard totalement autocentré, et assumé comme tel. Avec par exemple la scène de l’accouchement d’une brebis. En fond Mozart, on sort les violons et les mouchoirs, tellement ça risque d’être beau. C’est Amine-le-sensible à qui il est confié la tâche de pleurer et de faire pleurer dans les chaumières, en découvrant, ébahi, la beauté d’un accouchement. Et après le premier agneau… incroyable, en voici un deuxième. Nous sommes invité·e·s à admirer Kechiche s’admirer en train de filmer Amine admirant la naissance de l’agneau. Kechiche entend nous démontrer qu’enfanter, c’est très beau. Mais ça ne fonctionne pas du tout, notamment parce qu’on était déjà au courant (surtout les spectatrices…). Le comique de la scène c’est qu’on voit Amine faire extrêmement attention à ne pas faire de bruit en prenant des photos de la brebis, pour ne pas la déranger, alors que nous on sait qu’ils sont toute une armée de professionnels autour de lui. L’ironie c’est que Kechiche a dû bien lui gâcher son moment à la brebis, en lui collant toute une équipe de tournage dans les jupons.

Mères, tantes, amies, cousines…

Sur les femmes, le regard de Kechiche est non seulement autocentré, mais il est surtout pétri de clichés sexistes. Autant les hommes arabes dans le film s’amusent, entre eux et avec les femmes, sans se prendre la tête, ils sont fraternels, complices, solidaires, toujours drôles. Autant les femmes passent leur temps dans les ragots, se jugent et s’insultent, dans le dos bien-sûr, car elles gardent leur sourire hypocrite quand elles sont ensemble, l’agrémentant juste de temps en temps de petites piques assassines. Les femmes se jalousent, n’éprouvent aucune empathie les unes pour les autres, et sont prêtes à rompre des relations d’amitié pour un homme.

Il faut préciser ici que dans Mektoub, my love, la jalousie et la rivalité sont des exclusivités réservées aux femmes blanches, puisque les femmes arabes, nombreuses dans le film, sont cantonnées au rôle de mères, tantes, amies, cousines. Jamais épouses, amoureuses ou amantes des hommes arabes. Pas de relations sexuelles. Uniquement des relations affectives. Elles sont surtout là pour veiller au bien être de Tony et Amine, et pour encourager les relations amoureuses entre leurs « petits protégés » et les femmes blanches. Les mamans, les tatas, les cousines et les amies veillent sur les « petits », dans une relation protectrice unilatérale.

Car on a dit plus haut qu’Amine était empathique, mais c’est uniquement avec les femmes blanches, pas avec les femmes arabes. Une amie arabe se plaint auprès de lui d’être dépressive, elle noie son regard triste dans l’alcool, mais ça n’intéresse pas Amine, trop occupé à consoler Charlotte, dont Tony s’est lassé. À noter que la seule jeune femme arabe à être en couple, l’est avec un homme blanc. Ça marche dans les deux sens pour Kechiche : nul salut à être en couple entre hommes arabes et femmes arabes.

Femmes trophées : ivresse et nudité

L’intérêt sexuel de Tony/Amine/Kechiche se concentre donc sur les femmes blanches : Ophélie, la fille du pays, et Charlotte et Céline, les deux touristes. Elles sont filmées dans tous les recoins de leur corps, et elles sourient tout le temps, comme ça, pour rien. Elles dansent beaucoup, longtemps. Le regard de Kechiche sur ces femmes est très lourd, il filme leur corps nu, même quand elles ne cherchent pas à le montrer. Alors certes il aurait pu neutraliser un peu son point de vue, mais non. Kechiche assume son regard, c’est comme ça, si on n’est pas contente, on dégage, on n’est pas dans Plus belle la vie ici.

Le pire se produit dans la boite de nuit à la fin du film. Peut-être que regarder ces femmes complètement bourrées faire de la pole dance les unes sur les autres, en étant soi-même ivre, ça passe mieux. Mais à jeun en tout cas, c’est consternant. Avec parfois cette impression de parodie, l’impression de regarder une de ces vidéos moquant l’appropriation culturelle de la chanteuse blanche Miley Cyrus dansant le twerk d’origine africaine. Ce qui est certain, c’est que tout ça doit être d’une sensualité extrême pour Kechiche, sûrement convaincu d’offrir là un bien beau spectacle.

Homme arabes, femmes blanches, femmes arabes présentes même si elles sont mises hors-jeu... Mais il y a un grand absent dans le film... Où sont passés les hommes blancs ? Ils ne sont pas là. Comme c’est pratique. Charlotte et Céline sont venues en vacances sans leur famille. Ophélie a une famille trop occupée à gérer le travail et la maladie d’une tante. Et Clément, le fiancé d’Ophélie dont on parle beaucoup tout au long du film, est en mission à l’étranger depuis plusieurs années.

Avant de partir, Clément avait prévenu Tony et Amine : « Ne touchez pas à ma femme, ou je vous tue ». Point important, Clément est un militaire, Ophélie dit de lui qu’il « est en mission au Mali ou ailleurs en Afrique et qu’il tue des gens ». Clément est donc une sorte de missionnaire moderne, lié aux interventions impérialistes et néo-coloniales de la France notamment en Afrique. Tony et Amine n’affrontent pas directement Clément. Mais ils lui prennent sa femme...

Et c’est ce qui explique que Kechiche s’attarde autant sur les fesses d’Ophélie : il la filme comme un trophée qu’on exhibe. C’est d’une lourdeur absolue, presque obsessionnelle. Comme si Kechiche aussi, comme Tony/Amine, voulait « posséder » Ophélie. Charlotte aussi ressemble à un trophée. Tony la séduit, a une courte relation sexuelle avec elle, il la « corrompt » (lui fait danser oriental, lui apprend deux trois mots arabes), et quand il la possède (elle tombe amoureuse de lui), il la jette sans ménagement.

L’homme (blanc) invisible

La guerre n’est pas frontale. Ophélie et Charlotte sont les champs de bataille. Ce sont les butins de guerre. Ophélie, c’est la revanche que veut prendre Kechiche, celle de l’Indigène sur le Colon. Mektoub, my love répond en miroir aux films traditionnels du cinéma français où le chevalier blanc vient sauver la femme arabe des griffes de l’homme arabe violent, épopée chantée dans l’Aziza de Balavoine. On retrouve ce schéma dans les films cités plus haut.

Mais le schéma hommes arabes/femmes blanches de Kechiche est moins caricatural et moins définitif que le schéma hommes blancs/femmes arabes des films français traditionnels. Ophélie ne se donne pas « corps et âme » à Tony, encore moins à Amine. Elle répète qu’elle compte bien se marier avec Clément. Elle laisse entendre que Tony ce n’est « que pour le sexe », qu’Amine c’est pour badiner, et qu’au moment des choses sérieuses, du statut social, elle choisira Clément. Le rapport homme arabes/femmes blanches dans le film, articulant dimensions de genre et de race, est donc moins violent, moins joué d’avance pour les protagonistes que ne l’est le rapport hommes blancs/femmes arabes/hommes arabes dans les films français traditionnels.

Par ailleurs l’homme blanc n’est pas « abimé ». On ne le montre pas à l’écran avoir un comportement violent (tuer au Mali par exemple, ou être violent tout simplement), comme on l’aurait fait pour disqualifier le « garçon arabe ».

Enfin, le personnage de Céline est la caricature sexiste de la femme « qui saute sur tout ce qui bouge » comme le disent d’elle plusieurs personnages dans le film. Mais dans le cadre de cette caricature, Céline a le pouvoir de consommer librement divers hommes arabes, juste pour s’amuser le temps des vacances.

Ces différents éléments montrent que si on ne peut évidemment pas parler de « relations d’équilibre » entre hommes arabes et femmes blanches (l’articulation ici spécifique race/genre ne neutralise pas les rapports potentiels de domination), on peut au moins parler de relations subtilement complexes, et dire encore une fois, que « le jeu est ouvert ».

Préciser le contexte

Pour terminer, il est important de souligner que la représentation dans Mektoub, my love de l’homme arabe n’envisageant de relation amoureuse qu’avec des femmes blanches est très située dans le contexte des années 1980/90 (le film se passe en 1994). Les années 1980/90 marquent notamment une époque où, dans les médias, les hommes arabes étaient beaucoup moins représentés comme menaçants pour les femmes. Ce sont ces années 1990, plus « favorables », qu’a connues Kechiche quand il avait 20 ans. C’est un très fort élément de contexte de son film. Avec le 11 septembre 2001, la loi de 2004 contre le foulard à l’école, la création de l’association Ni putes ni soumises, et la représentation omniprésente dans les médias du « garçon arabe » violeur/voileur, les choses ont bien changé. L’image des hommes arabes aujourd’hui dans l’ensemble des espaces sociaux est très négative.

En ce sens, le film de Kechiche aurait pu être très intéressant s’il avait eu un regard critique sur le contexte dans lequel il a évolué quand il était jeune adulte. Chester Himes dans S’il braille, lâche-le, a magnifiquement dépeint la complexité de la nature et des enjeux des relations entre hommes noirs et femmes blanches aux États-Unis. Mais chez Himes, l’histoire sert une réflexion qui s’inscrit dans le combat pour la libération des Noirs. Chez Kechiche, qui est totalement partie prenante dans les relations qu’il décrit, il n’y a pas assez de distance par rapport aux enjeux sous-tendus par ces relations.

Kechiche, même s’il a un regard plutôt affirmé et narcissique, n’est pas dépourvu des complexes du colonisé. Kechiche semble assumer la dimension arabe de son identité, mais uniquement sa version exotique. Dans le film, ça nous donne des danses orientales, quelques mots d’arabe pour dire « je t’aime », et un prénom sur deux (Amine, mais pas Tony). Pour le reste, les référents culturels du film sont très occidentalo-centrés : hypersexualisation des femmes, l’alcool qui coule à flots et que l’on boit même en famille, la musique de Mozart, les peintures de Renoir, Hammamet en Tunisie mais uniquement ses boites de nuit et ses restaurants à touristes. Amine est un gentil artiste bien sous tous rapports, Tony est inoffensif. On a donc bien tous les marqueurs de bonne assimilation. Ce qu’assume Kechiche, ce n’est pas le béton menaçant des quartiers populaires, c’est juste quelques grillons et la générosité du couscous.

Daté ou périmé ?

Au-delà du fait que les hommes arabes ont moins « la cote » aujourd’hui qu’il y a trente ans, ce qui peut expliquer que la représentation de l’homme arabe préférant les femmes blanches est moins présente de nos jours, c’est que la relation avec les femmes blanches est moins perçue comme une « revanche » valorisable, ou un marqueur d’ascension sociale. Au contraire, aujourd’hui les relations hommes arabes/femmes arabes sont valorisées dans la culture de l’immigration et des quartiers populaires, où les femmes arabes ne sont pas réduites à être des mamans et des sœurs uniquement.

Kechiche n’a pas compris que son schéma de l’homme arabe n’envisageant une relation amoureuse qu’avec une femme blanche, en mettant sur la touche les femmes arabes, est totalement dépassé. Les figures du « sauveur blanc », comme de « la femme blanche – trophée à exhiber », sont beaucoup moins valorisées aujourd’hui par les hommes arabes et les femmes arabes, elles sont même associées de plus en plus à de l’aliénation dont il faut se sortir. Aujourd’hui, les hommes arabes s’aiment assez eux-mêmes, et assument suffisamment qui ils sont, pour ne pas exclure d’aimer une femme arabe. Et les femmes arabes s’aiment assez elles-mêmes, et assument suffisamment qui elles sont, pour ne pas exclure d’aimer un homme arabe. Kechiche ignore visiblement cette évolution sociale. C’est pourquoi son film est daté, pour ne pas dire périmé.


grr générique



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  • Quelques remarques sur votre critique
    Vous ne dites pas que ce film est une adaptation libre du roman de François Bégaudeau, un romancier… blanc puisque cela a de l’importance dans votre lecture du film. Le point de vue du cinéaste est donc aussi influencé par ce point de vue-là. Occidentalo-centré, comme vous dites

    Vous ne parlez pas des citations du Coran et des Evangiles affichées au début du film, exaltant la lumière. Il me semble que cette commune célébration a une grande importance aux yeux du réalisateur. La célébration de la vie est présente dans ces deux cultures qui partagent un espace commun : la Méditerranée. La sensualité, la vision solaire des corps n’’est pas la propriété d’une culture par rapport à une autre, nous dit-il. Message universaliste à visée réconciliatrice, qui ne cadre pas avec votre vision dialectique

    « Ophélie, c’est la revanche que veut prendre Kechiche, celle de l’Indigène sur le Colon ». Alors comment expliquez-vous qu’Amine, qui est clairement l’alter-ego du cinéaste ne couche jamais avec elle ou ne tente quoi que ce soit ? Drôle de trophée qu’on se contente de regarder avec fascination sans jamais pouvoir la toucher… Quant à Tony, il ne lui est prêté aucun point de vue particulier sur ses conquêtes. Il couche et passe à autre chose. Il est renvoyé par Kechiche aux défauts de son père, lui-même volage. De là à dire que vous extrapolez complètement… Le personnage de Clément étant absent et n’ayant pas la parole du tout, il est difficile de postuler un rapport de revanche par rapport à quelqu’un dont on ignore si il est raciste, amical, ouvert ou tout autre chose. J’attends en tout cas la suite (au prochain canto ?) pour en savoir plus avant de me prononcer

    « les référents culturels du film sont très occidentalo-centrés ». Kechiche (qui vit en France depuis l’âge de 6 ans), a adapté au contexte sétois le roman d’un écrivain non-maghrébin. Quels référents alternatifs devrait-il mettre en avant ? Mozart : un cliché, une facilité, utilisée dans quantité de films occidentaux, pour illustrer une thématique spirituelle. Auguste Renoir : une référence tout à fait plausible dans le contexte du film : un impressionniste (la lumière), qui a produit beaucoup de nus, comme ce qu’Amin propose aux filles. L’alcool qui coule à flots, je ne vois pas en quoi c’est occidentalo-centré – les arabes ne boivent pas d’alcool, sérieusement ???? L’hyper-sexualisation des femmes : vous auriez dû ajouter des femmes « blanches », par opposition aux femmes maghrébines qui sont des mères, des tantes etc. On pourrait vous répondre que l’opposition entre des filles blanches ultra-délurées et des filles arabes plus traditionnelles, à protéger des mauvaises influences, est un cliché très courant dans les pays arabes.

    « On a les marqueurs de bonne assimilation » : pourquoi une simple histoire de vacances et de plage, où rien ne se passe d’exceptionnel, devrait-elle se transformer en manifeste politique, prenant en charge « le béton menaçant des quartiers populaires » ? Si on vous suit, à chaque fois qu’un personnage d’origine maghrébine apparaît à l’écran, il doit porter sur ses épaules tout le poids du racisme et de l’impérialisme français ? Il ne peut pas simplement aimer, baiser, manger, vivre sa vie ? L’œuvre de Kechiche n’a-t-elle pas à plusieurs reprises abordé le thème du racisme ? Vous vous souvenez de la scène de contrôle policier dans l’Esquive ?

    Les scènes de sortie nocturnes montrent un mélange et une sociabilité non pollués par des situations racistes. Peut-être y a-t-il chez le cinéaste la nostalgie d’une époque ou la vision idéalisée d’un érotisme interracial, il semble en tout cas que Kechiche ait eu clairement l’intention de célébrer la sexualité, parfois de façon très lourde.

    Votre conclusion est étrange : sachant que le récit date de 1994, vous voudriez que le schéma de l’homme arabe aimant la femme blanche, périmé aujourd’hui mais davantage pertinent à l’époque, soit montré périmé en 1994 ? Pas logique votre conclusion…