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Embrasse-moi / 1

Oceanerosemarie / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le mardi 4 juillet 2017




Embrasse-moi fait penser à Aurore, et pas seulement parce que Océanerosemarie a co-écrit et co-réalisé le premier, et a également co-écrit le second, mais parce qu’il relève d’un genre, la comédie romantique, qui, venu des États-Unis, a été acclimaté en France avec succès depuis une vingtaine d’années (Le site Cinétrafic relève plus de 150 occurrences : http://www.cinetrafic.fr/liste-film/4397/1/les-comedies-romantiques-francaises).

Mais tous ces films racontent inlassablement des histoires exclusivement hétérosexuelles, où les femmes correspondent aux normes esthétiques et d’âge en vigueur, comme si, à quelques exceptions près (Romuald et Juliette, Coline Serreau, 1988 ; Belle-maman, Gabriel Aghion, 1999 ; Joséphine, Agnès Obadia, 2013), les conventions du genre imposaient aussi de reproduire les normes sociales les plus traditionnelles (les acteurs bien entendu, ne sont pas soumis aux mêmes impératifs esthétiques ni à la limite d’âge qui s’impose aux actrices).

Embrasse-moi comme Aurore utilisent les codes de la comédie romantique pour remettre en cause ces normes. Là c’était l’âge (Agnès Jaoui incarne une femme confrontée à la ménopause), ici c’est l’hétérosexualité : la protagoniste incarnée par Océanerosemarie (et qui porte son nom) est une ostéopathe lesbienne bien dans son métier et bien dans sa peau, mais elle a tendance à tomber amoureuse tous les 36 du mois… ce qui fait que le jour où elle a un vrai coup de foudre, personne ne la prend au sérieux, ni sa mère (Michèle Laroque), ni la multitude de ses ex avec qui elle a forme une sympathique bande de fêtardes, ni l’objet de son désir, la fragile Cécile (Alice Pol), photographe qui jongle entre ses projets personnels et la nécessité de gagner sa vie, et qui a du mal à accepter le passé donjuanesque de son amoureuse.

Le ton du film est délibérément joyeux, et rompt avec la longue tradition des figures de lesbienne au cinéma, soit criminelles perverses, soit dépressives suicidaires, soit solitaires tragiques : pour s’en tenir au cinéma français, citons Quai des orfèvres (Clouzot, 1947), La Banquière (Girod, 1980), La Cérémonie (Chabrol, 1995), Les Blessures assassines (Denis, 2000), Les Voleurs (Téchiné, 1996), La Répétition (Corsini, 2001), Les Adieux à la reine (Assayas, 2012). Même deux films récents comme La Vie d’Adèle (Kechiche, 2013) ou La Belle Saison (Corsini, 2015) donnent à la relation amoureuse qu’ils racontent une issue malheureuse.

Le contre-exemple est bien sûr Gazon maudit (Balasko, 1994) mais l’ambivalence du ménage à trois avec un homme ainsi que la fin orientée vers la maternité enlève au film une partie de sa force subversive (sans parler du stéréotype un peu lourd de la lesbienne butch).

Embrasse-moi imagine un monde encore utopique où les lesbiennes et les gays cohabitent pacifiquement et même affectueusement avec les hétéros, où les un.e.s et les autres sont adeptes soit de la monogamie, soit du polyamour comme on dit aujourd’hui, ce qui provoque des frictions également réparties.

Surtout, Océanerosemarie, dont on connaît les formidables one woman shows – La lesbienne invisible, accessible en dvd et Chatons violents, qu’elle joue actuellement sur scène, à Paris et en province, elle sera au festival d’Avignon, incarne son personnage avec une énergie et un humour communicatifs, davantage dans la filiation de son premier spectacle, qui visait à donner une visibilité aux lesbiennes, comme son titre l’indique, que dans l’esprit du second, nettement plus offensif, qui dénonce la bonne conscience des « bons blancs bobos » et l’islamophobie « de gauche ».

Avec Embrasse-moi, elle est dans un registre volontairement plus léger : il s’agit de banaliser l’homosexualité en racontant une histoire comme on nous en raconte depuis toujours à propos des hétéros, en assumant crânement les conventions d’un genre accessible au grand public : en ce sens, elle continue l’entreprise qu’elle a commencé avec La lesbienne invisible (elle fait d’ailleurs quelques clins d’œil à ce premier spectacle), faire des lesbiennes des personnes comme les autres !

Au delà de ce registre discrètement militant (rien à voir avec un film à thèse), la qualité du film tient aussi à la sûreté de la direction d’acteurs : Alice Pol qui sort du film de Dany Boon Raide dingue, joue ici à l’opposé un personnage très poétique dont le comique involontaire vient de ce qu’elle est « hors sol », habitée par sa poursuite des fantômes de l’enfance et par des phobies (la terreur de l’avion) qu’elle va tenter de dépasser, avec l’aide de son amante, qui elle a les pieds sur terre : la description très physique de son travail d’ostéopathe permet de rendre visibles des corps ordinaires comme on en voit rarement au cinéma.

Océane est entourée de toute sa bande de potes de la « vraie vie », et cela se sent dans les scènes collectives. Le personnage de l’ex d’une jalousie féroce et perverse, incarnée par Laure Calamy, est particulièrement jubilatoire.

Si vous avez aimé Aurore, vous adorerez Embrasse-moi  !


Voir la critique de Ornella Gueremy Marc


grr générique


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