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Benoit Delépine et Gustave Kerven / 2022

En même temps


Par Geneviève Sellier / lundi 16 mai 2022

Une satire qui tourne à l'obscénté

On a connu le duo Kervern-Delépine mieux inspiré… par exemple dans leur film précédent, Effacer l’historique (2020).

Cette satire du monde politique où la droite cynique et la gauche écologique sont renvoyés dos à dos (si l’on peut dire), fait le choix scénaristique d’un duo masculin qui tourne vite à la blague potache la plus épaisse : dans une petite ville de province, le maire écolo (Vincent Macaigne) se bat contre le projet de parc de loisirs que promeut le député de droite (Jonathan Cohen) : celui-ci lui propose une rencontre qui va tourner très vite à la beuverie : le député persuade le maire de finir la soirée dans l’unique boite de nuit où une hôtesse (India Hair) les entraîne dans la « backroom » : à partir du moment où la lumière s’éteint, on ne rit plus du tout, tant la lourdeur comique tourne à l’obscénité homophobe : l’hôtesse se révèle être une militante féministe qui se venge de l’exploitation sexuelle dont elle est l’objet en profitant de l’obscurité pour coller les deux hommes l’un à l’autre dans une position de pénétration anale, le député semblant enculer le maire. Et la colle est tellement forte qu’ils vont passer toute la nuit à chercher de l’aide auprès des personnes les plus improbables : un vétérinaire, une sophrologue, j’en passe et des pires… avant que les militantes féministes (elles sont trois à avoir imaginé cette sinistre blague) finissent par avoir pitié d’eux et leur fournissent le dissolvant en échange de leur renoncement à la vie politique.

On a du mal à imaginer ce que Kervern et Delépine avaient en tête quand ils ont écrit ce scénario : tourner en dérision la masculinité dominante ? Mais ce qu’on a devant les yeux pendant plus d’une heure, c’est la représentation la plus dégradante de l’homosexualité masculine : deux hommes qui s’enculent…
S’agissait-il de défendre la légitimité du militantisme féministe ? Mais les trois femmes complices de ce complot dérisoire sont des caricatures grossières… qui finissent par remettre en cause leur « radicalité ».
On ne peut pas faire la critique du masculinisme en utilisant des arguments que n’aurait pas reniés un Bigeard… On ne saurait trop conseiller à Kervern et Delépine de s’adjoindre les services de scénaristes féministes pour éviter ce genre de dérive.


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