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Un beau soleil intérieur

Claire Denis / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le dimanche 1er octobre 2017



Scénario Christine Angot, avec Juliette Binoche


Claire Denis, Christine Angot [1], Juliette Binoche : voilà une « affiche » alléchante !

Et en effet, la façon dont Claire Denis filme Juliette Binoche, rayonnante, est aux antipodes, par exemple, de la façon dont Olivier Assayas filmait la même actrice dans Sils Maria, comme une mise au tombeau… Toutes choses égales par ailleurs, on pense à la façon dont Blandine Lenoir filme Agnès Jaoui dans Aurore : même rayonnement d’une femme de cinquante ans…

L’écriture des dialogues par Christine Angot, à la fois balbutiante et triviale, mais directe et sans fioritures, donne une coloration très contemporaine aux rencontres que fait Isabelle.

La première scène, qui décrit frontalement un rapport sexuel raté entre Isabelle et son amant banquier (Xavier Beauvois), est rafraîchissante, loin des représentations aussi allusives que convenues auxquelles le cinéma nous a habitués, s’agissant de « scènes d’amour », comme on dit. Malheureusement, le film abandonne cette piste intéressante pour privilégier par la suite des scènes de dialogues entre Isabelle et les hommes, amis ou amants, futurs ou anciens, qu’elle rencontre. Comme souvent au cinéma, les relations amicales entre femmes sont la portion congrue : ici Sandrine Dumas et Josiane Balasko viennent confirmer une vision misogyne des relations entre femmes, faites de suspicion et de rivalité.

Quant aux hommes, le casting finit par tourner au name dropping pour happy few : Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Nicolas Duvauchelle, Laurent Grévill, Bruno Podalydès, Paul Blain (le fils de Gérard), Alex Descas et pour finir Gérard Depardieu… Mazette, un véritable bottin mondain du 7e art… (sans mentionner Valeria Bruni Tedeschi qui fait une apparition en larmes !)

Ne boudons pas notre plaisir, certains font des performances remarquables, les autres des apparitions séduisantes, mais en face, on aurait aimé que le personnage incarné par Juliette Binoche ait plus de consistance : c’est une artiste peintre, apparemment prisée, on la voit peindre au sol à grands traits pendant quelques minutes, on devra se contenter de cette évocation de son travail. On est obligé de constater, une fois de plus, que le travail au cinéma, même quand il est censé structurer la vie et la personnalité des protagonistes, n’est guère qu’un décor…

Par exemple, on ne saura pas quel travail elle est censée entreprendre avec l’acteur qu’incarne Nicolas Duvauchelle, qui est pourtant le prétexte de leur rencontre.

Le milieu de travail d’Isabelle apparaît principalement dans le film sous une forme assez mondaine, où elle n’est pas vraiment à l’aise, mais dont elle subit l’influence délétère : la longue scène au restaurant avec Bruno Podalydès qui la met en garde contre sa relation amoureuse avec un homme « qui n’est pas de notre milieu », se traduit dans la scène suivante par un affrontement pénible avec l’amant en question, comme si elle n’avait aucune autonomie de jugement.

Même si la dernière scène est très drôle, quand elle consulte un voyant incarné par Gérard Depardieu pour avoir des conseils sur ses relations amoureuses, qui lui dira de faire confiance à « son soleil intérieur », on ne peut pas s’empêcher de penser (en tout cas quand on est féministe) que c’est un peu accablant de voir une femme de son âge et de son envergure, aller chercher conseil auprès d’un homme sur ses relations avec d’autres hommes…

Par ailleurs, la beauté de Juliette Binoche exerce une telle attraction (y compris sur les spectateurs/trices) que le problème principal des femmes de cinquante ans dans notre société – se voir peu à peu exclues du circuit du désir masculin – passe complètement à la trappe…

Il reste une tentative intéressante de rendre compte de la fragilité des relations amoureuses dans un milieu favorisé culturellement et économiquement, qui ne connaît apparemment pas les contraintes du vulgum pecus (elle a une fille de dix ans dont elle est censée partager la garde avec le père, mais on ne la verra qu’une seconde à travers la vitre d’une voiture). Mais, contrairement à ce que disent toutes les enquêtes sur les milieux artistiques en France, la domination masculine n’a pas l’air d’exister dans le monde d’Isabelle…


1 commentaire

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  • Je reviens juste du film de Claire Denis et en sort assez affligée… parisianisme pour bobos (le pire c’est que ça attire les foules).
    Comment ne pas réagir ?
    Constat déroutant : aucun personnage n’échappe aux clichés… (y compris le corps magnétique de celui qui incarne la figure de l’ouvrier… avec qui Isabelle hésite à s’encanailler…).
    Les portraits d’hommes sont si attendus... ; on les a tous vus déjà mille fois au cinéma…
    Et que poursuit Claire Denis avec ce portrait d’une femme, prétendument artiste aux prises avec le vide ?
    Artiste et femme, Claire Denis ne l’est-elle pas ? Pourquoi ce portrait de paumée ?
    Dieu sait s’il faut du caractère, quand on est femme, pour faire sa place dans un milieu pareil...
    Paumée existentielle, paumée sexuelle, paumée affective…
    La si sensible Juliette Binoche vend son âme et sa beauté de femme de cinquante ans à la pellicule pour un récit des plus cyniques… Seul le regard des hommes semble pouvoir lui donner existence… Objet sexuel plus que jamais. C’est pathétique.
    N’y aurait-il pas mieux à faire quand on est femme, pour représenter une contemporaine, qui plus est, créatrice ?
    Celle-ci a l’argent (on ne sait d’où il tombe), elle a la beauté (mais elle est destinée aux regards prédateurs) qui se délite dans la solitude, dont elle n’a rien à faire. Quand elle est seule, elle pleure.
    Alors est-ce le récit d’une dépression ? Le voyant joué par Gérard Depardieu, prend le ton distancié du psy… Open... À quoi ?
    Un de mes amis dit du film qu’il est une comédie (sans le moindre souffle alors), une autre amie chinoise dit qu’il est typiquement ce qu’on appelle la" french touch"… Alors c’est assez affligeant pour les femmes de nos sociétés qui enfin pourraient être représentées autrement.
    Bon... voilà livré mon dépit de voir deux femmes (Christine Angot et Claire Denis) faire un portrait si humiliant de la condition de femme.