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Mariana

Marcela Said / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le mardi 19 décembre 2017




Mariana est une quadragénaire de la bourgeoisie chilienne qui paraît uniquement préoccupée de son chien et de ses cours d’équitation, tout en se prêtant sans bonne grâce excessive à un traitement hormonal pour donner un héritier à son mari, un Argentin qui profite tranquillement de la fortune de son beau-père.

La caméra ne quitte quasiment pas le visage assez dur de l’actrice, remarquable Antonia Zegers, qui exprime tour à tour compassion (pour son chien), fascination gourmande (pour son cheval et son professeur d’équitation), énervement (pour son mari et son père). Au-delà du portrait d’une grande bourgeoise indifférente au monde qui l’entoure, l’intérêt du film est la présence entêtante d’un passé qui ne passe pas, celui de la dictature, où tous les hommes de la génération précédente paraissent avoir trempé. Certains, les exécuteurs des basses œuvres (le prof d’équitation), sont inquiétés par la justice, d’autres, les donneurs d’ordre (le père de Mariana), continuent tranquillement à faire prospérer leurs affaires. La curiosité de la jeune femme concernant le passé des hommes qu’elle côtoie, paraît tout à fait superficielle et ne provoque aucune prise de conscience, ce qui est sans doute l’aspect le plus original et le plus réaliste de ce portrait.

De même ses rapports dénués de tendresse avec un mari alternativement autoritaire et protecteur, dans la tradition patriarcale la plus classique. Et sa façon de provoquer à l’occasion des relations sexuelles avec d’autres hommes, sans que ça prête à conséquence. Thomas Sotinel dans Le Monde analyse très pertinemment les qualités du film.

http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2017/12/13/mariana-au-chili-une-femme-prise-dans-les-rets-du-passe_5228855_3476.html

Pourtant, on éprouve un certain malaise devant la façon dont le film épouse le regard admiratif de la protagoniste vis-à-vis de son professeur d’équitation, figure paternelle plus séduisante que le mari et le père. On comprend très vite qu’il est un tortionnaire poursuivi par la justice, mais le personnage est construit jusqu’au bout sur un mode stoïque qui nous fait oublier son passé politique criminel. Ses promenades silencieuses à cheval avec Mariana dans la magnifique campagne chilienne, et son suicide final hors champ contribuent à cet effacement problématique.

Dommage que la réalisatrice n’ait pas trouvé le moyen de créer une distance avec le regard admiratif que sa protagoniste porte sur ce personnage sulfureux.
grr générique


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