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L’Échange des princesses

Marc Dugain / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le jeudi 11 janvier 2018



D’après le roman de Chantal Thomas


Le problème que pose l’adaptation d’un tel roman, écrit à partir d’archives, c’est qu’il révèle des comportements humains et un fonctionnement monarchique tellement effrayants, en particulier vis-à-vis des enfants, qu’on imagine mal les mettre en images, surtout dans les conventions du film historique, plus préoccupé de la magnificence des costumes et des décors que de l’authenticité des comportements et des usages.

Ce film ne déroge pas à la règle, malgré la participation de Chantal Thomas au scénario.

Pourtant, il faut saluer la distribution féminine, en particulier Catherine Mouchet dans le rôle de Madame de Ventadour, et Andréa Ferréol en princesse Palatine. Á la Cour de Versailles, où la sociabilité est majoritairement non-mixte, elles entourent la très jeune infante envoyée d’Espagne pour épouser le futur Louis XV, et atténuent comme elles peuvent le cynisme et la cruauté des comportements masculins. A travers elles, on comprend que la monarchie absolue s’exerce d’abord sur les femmes de la Cour, quel que soit leur statut et leur place dans la hiérarchie.

La difficulté majeure de cette adaptation est que l’histoires concerne des enfants et des adolescents : l’infante d’Espagne a quatre ans et la fille du Régent Philippe d’Orléans en a douze au moment de l’échange en 1721. Pour consolider la paix toute récente entre les deux royaumes, elles sont destinées respectivement au futur Louis XV qui n’a encore que douze ans et au futur roi d’Espagne qui en a quatorze. Le roman se termine trois ans plus tard, quand les deux fillettes sont renvoyées dans leur pays d’origine.

La difficulté de raconter une telle histoire est double : d’une part, la nécessité d’un tournage rapide interdit de prendre en compte les changements physiologiques considérables aux âges des jeunes protagonistes, et d’autre part, la difficulté de faire jouer de très jeunes acteurs a amené la production à faire des choix discutables, en particulier pour la fille du Régent, qui est incarnée par une actrice âgée de dix-huit ans, et qui fait plutôt penser par son jeu à une adolescente rebelle contemporaine. De son côté, Kacey Mottet Klein qui incarne l’infante d’Espagne a dix-neuf ans (cinq de plus que le rôle). Même la très jeune et très convaincante Juliane Lepoureau a cinq ans de plus que l’infante qu’elle incarne.

Pourtant, cette différence d’âge n’est pas choquante pour cette dernière, car elle incarne parfaitement le personnage décrit par les archives utilisées par Chantal Thomas comme une enfant délicieuse, à la fois d’une docilité aimable et d’une grande intelligence, ce qui la fait apprécier des dames qui s’occupent d’elle, sinon de son futur mari qui préfère la chasse en compagnie des jeunes hommes qui le courtisent.

En revanche, Mlle de Montpensier la fille du Régent et d’une batârde de Louis XIV et de Mme de Montespan, « a grandi en sauvage, dans un délaissement fastueux. Elle a été retirée du couvent à l’âge de cinq ans, puis on l’a plus ou moins oubliée, comme ses sœurs. Leur mère ne s’intéresse pas à cette nombreuse et inutile progéniture. Leur père, pour toute éducation, les emmène quelquefois au théâtre. Il est possible que, face à son père, Mlle de Montpensier se rebelle. Ce sera mis, comme la suite de ses faits et gestes, sur le compte de son mauvais caractère. Laide quand elle était petite, elle a embelli en grandissant, mais elle n’est pas devenue plus sociable. Elle est silencieuse, butée sur une sorte de mauvais vouloir chronique, d’une solitude qui détourne d’elle. »

Sans doute, demander à une pré-adolescente de rendre ces traits de caractère aurait présenté des difficultés telles que le réalisateur a préféré choisir une actrice plus âgée. Mais le film y perd en authenticité.

Par ailleurs, ce que raconte Chantal Thomas (d’après les différents témoignages de l’époque) du comportement de Louise Élisabeth à la cour d’Espagne, atteint de tels niveaux d’hystérie, d’obscénité, à la limite de la démence, qu’on voit mal comment un film historique aussi sage aurait pu en rendre compte. Il aurait fallu l’audace d’une Patricia Mazuy dans Saint-Cyr (2000) pour mettre en scène des comportements aussi extrêmes, dont on comprend bien qu’ils sont en partie la réaction à des contraintes extrêmes, celles de la cour espagnole à l’époque de Philippe V.

Ce film tente pourtant de rendre compte du cynisme et de la cruauté qui imprègnent les manières de cour telles qu’elles sont édictées par les monarchies absolues qui règnent alors en Europe. Appartenir de près ou de loin à une famille régnante, en particulier quand on est une fille, est plus souvent une tragédie qu’un privilège.

grr générique


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