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Le Prix du succès

Teddy Lussi-Modeste / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le mercredi 13 septembre 2017




Une luxueuse voiture de sport rouge s’arrête et son occupant est assailli par un fan (genre barbu de ban-lieue…) qui lui demande un selfie puis de faire un gag en direct sur son smartphone : visiblement importuné par cette demande qui devient agressive, mais incapable de mettre fin à l’échange, Brahim (Tahar Rahim) dont on comprend qu’il est un humoriste à succès, remonte sa vitre, quand son chauffeur, furieux, sort de la voiture avec une matraque télescopique dont il menace les jeunes qui s’éloignent. La voiture repart, et les deux occu-pants ont un vif échange sur les réactions adéquates dans ce genre de situation : Brahim préfère la manière douce, son frère Mourad (Roschdy Zem) qui lui sert aussi de manager, croit à l’efficacité du rapport de force…

Très vite, avec cette première séquence assez anxiogène, la problématique du film est posée : le gentil Brahim (qui fait penser à Djamel Debbouze) traîne comme un boulet son frère Mourad, dont les manières de « garçon arabe » (résumées dans le film par l’agressivité masculine la plus stéréotypée) sont devenues un obstacle à son « intégration » dans le milieu du showbiz. Sa nouvelle amie, Linda (Maïwenn), qui est aussi sa metteuse en scène, lui présente un véritable agent, Hervé (« blanc » comme elle) qui pose comme condition à la signature de leur contrat qu’il se « débarrasse » de son frère.

Le Prix du succès construit assez grossièrement l’opposition entre d’un côté la famille « arabe », nombreuse, qui fait bloc autour de la mère nourricière et du père muet, pour soutenir le frère aîné, Mourad, et de l’autre côté, le jeune Brahim, qui tente de consolider sa carrière en s’entourant de « vrais » professionnels. Bien qu’il soit le pourvoyeur de toute la famille, il est soumis aux pressions de ses sœurs qui contestent son choix amoureux, et aux pressions de sa mère qui soutient le frère aîné.

Quand Mourad apprend par Linda que Brahim a pris un autre agent, il la cogne… puis il tabasse l’agent avec quelques-uns de ses amis. Hervé se retrouve à l’hôpital avec deux mois d’incapacité… Devant tant de violence, Brahim est « obligé » de rompre avec son frère, au grand dam de la famille. Bientôt le père meurt mais Mourad refuse de se réconcilier avec Brahim, malgré l’injonction de l’imam lors de l’enterrement.

Le soir de la première du spectacle de Brahim au Zénith, Mourad l’attend devant chez lui, le met KO, l’enferme dans son coffre et s’enfuit en voiture… Face à son frère inanimé, il finit par appeler les secours, et la police l’arrête.
Un épilogue « deux ans plus tard » nous rassure sur le sort de Brahim qui poursuit sa carrière et va voir son frère en prison…

C’est typiquement un film à thèse, où les personnages n’ont d’autre consistance que celle qui sert la démons-tration : le gentil Brahim est plein d’humour mais son frère Mourad est aussi violent que mégalomane, l’amoureuse Linda est à l’écoute du talent de Brahim, mais ses sœurs et sa mère la rejettent au nom des normes féminines les plus archaïques… Mourad est entouré de copains « de couleur » tout aussi violents que lui et s’enferme dans un comportement autodestructeur.

Le film accumule les stéréotypes de genre et de race les plus éculés pour stigmatiser les « arabes » et les « ban-lieues » et valoriser les normes de la blanchitude parisienne, artiste et émancipée évidemment.
Le fait que le film soit réalisé par Teddy Lussi-Modeste, un élève de la FEMIS « issu de la communauté des gens du voyage » dixit Wikipedia, (en collaboration pour le scénario avec une autre réalisatrice, également élève de la FEMIS, Rebecca Zlotowski), en dit long sur les enjeux de « l’intégration » en France… 

grr générique


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