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L’Amant double

François Ozon / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le dimanche 25 juin 2017



J’ai beaucoup traîné à aller voir le dernier film d’Ozon, craignant le pire… Je n’ai pas été déçue ! Creux, prétentieux, interminable, insupportable et bien sûr misogyne !

Comme Ozon pense sans doute que c’est plus consensuel de faire des films sur les hétéros (surtout avec des bimbos), il jette son dévolu (pour la deuxième fois) sur Marine Vacth, suffisamment androgyne et suffisamment jeune pour satisfaire, j’imagine, à la fois les fantasmes des hommes gays et hétéros : dès le pré-générique il lui coupe les cheveux pour qu’on comprenne bien qu’elle n’est que le substitut d’un jeune garçon.

Jérémy Rénier joue le double rôle de deux frères jumeaux tous deux psychiatres (quelle imagination !), chez qui la pauvre Marine Vacth échoue parce qu’elle a mal au ventre : en deux temps trois mouvements, le psychiatre n°1 la guérit et la met dans son lit, ils emménagent, et elle rencontre bientôt son sosie chez qui elle va consulter et qui va très bientôt l’agresser sexuellement (thérapie bien connue) et la faire jouir (ben voyons ! les femmes ne jouissent que quand on les viole). Pour montrer qu’il est moderne et qu’il n’a peur de rien, d’un côté il nous inflige des gros plans de vagin à deux reprises, et de l’autre il fait porter à son héroïne un gode ceinture qui lui permet d’enculer son amant : il y en a pour tous les goûts !

Tout ça dans des appartements art déco grand style, bien entendu, c’est plus agréable à regarder. Elle qui est au chômage trouve bientôt un petit boulot bien distingué de gardienne de musée au Trocadéro (transformé pour l’occasion en lieu d’exposition contemporaine, plus chic on meurt !)

Pour « développer » son intrigue (le film dure quand même 1h47), il pille à la fois Rosemary’s Baby, Vertigo et Alien (et sans doute beaucoup d’autres mais je ne perdrai pas mon temps à en faire la liste…). Ça vire au grand guignol assez souvent, en particulier à la fin, où l’on ne comprend absolument plus qui que quoi qu’est-ce, ce qui n’a d’ailleurs pas beaucoup d’importance vu le caractère totalement creux des personnages et de l’intrigue. Marina Vacth n’arrête pas de se jeter dans la gueule du loup, de prendre des coups et d’en redemander : les femmes sont masos, tant pis pour elles ! A la fin elle est aussi catatonique que Mia Farrow à la fin du Polanski ou Tippi Hedren à la fin des Oiseaux.

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du cinéma français pour que des projets aussi nuls soient aussi bien financés !

grr générique


1 commentaire

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  • C’est probablement au niveau du financement, et en tout cas de la production qu’il faut chercher l’origine du ratage de ce film, comme aussi, parce qu’ici ça va vraiment ensemble, celui de son étrange misogynie, et surtout de l’effarante phallocratie qui met tout le scénario à la remorque du membre viril...
    On sort en effet du film avec le sentiment d’une grande bizarrerie, par laquelle des producteurs ont réussi à faire faire par Ozon un film de domination masculine, manipulant une malheureuse jeune femme comme une marionnette selon les perversions de deux psychiatres jumeaux... Alors que la trame originelle du récit ne met en jeu que des êtres féminines entre elles : une mère, deux jumelles dont une seule vit et le foetus, féminin lui aussi de cette jumelle survivante. L’histoire est celle d’un traumatisme utérin de la sororité gémellaire, menant à une grossesse monstrueuse par répétition ... On peut considérer cela comme jungien... C’est en tout cas l’exploitation cinématographique d’un faits divers tératologique. J’ai la faiblesse d’espérer que le sujet aurait permis un beau traitement. Et sans doute tous les personnages matriciels de l’histoire étant féminins, une focale féminine aurait pour le moins évité quelques unes des ornières indiquées par Geneviève Sellier  ... Alors ... le film, avant de nous livrer "la vérité de l’histoire" comme un plat de haricots froids pas assez cuits ... perd le spectateur dans le spectacle pervers de la recherche de la domination d’une femme "qui a mal au ventre" par un duo gémellaire de psychiatres, tortionnaires imaginaires... Quête mystique de deux phallus jumeaux et dominateurs ... alors que le sujet d’origine était dans la fusion-dévoration de deux jumelles, sans interaction masculine... Y aura-t-il une cinéaste et des comédiennes pour reprendre ce sujet et en faire le beau film qu’il permet d’imaginer, et des productrices pour les financer, sans les contraindre à rouler dans des ornières ?