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Barbara

Mathieu Amalric / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le mercredi 6 septembre 2017




avec Jeanne Balibar


« Ça va va dans tous les sens… on ne comprend pas de quoi ça parle » (un spectateur ordinaire)…

Et en effet le dernier film de Mathieu Amalric semble plutôt destiné aux happy few (dixit Télérama) : Mathieu Amalric n’est-il pas l’acteur attitré du cinéma d’auteur, de Desplechin aux frères Larrieu, en passant par Denis Podalydès, Noémie Lvovsky et autres Benoit Jacquot…
Les qualificatifs utilisés par la critique, « anti-portrait », « anti-biopic », confirment qu’on est dans la transgression des codes… Tant pis pour ceux et celles qui ne sauront pas saisir les allusions subliminales à la vie et à la carrière de la chanteuse…

Du point de vue qui nous intéresse ici, celui de la construction du genre, ce film semble confirmer la nature vampirique du talent d’Amalric le cinéaste, déjà visible dans « Tournée » (2009), où il utilisait sans vergogne le talent atypique d’une troupe américaine de cabaret féminin « burlesque » pour se mettre en avant dans la figure du manager. Déjà des femmes exécutant d’extraordinaires performances pour la plus grande gloire de notre acteur-cinéaste-manager.

Ici le vampirisme est double : la fascination que le film est censé exercer repose d’une part sur la figure mythique de Barbara, alimentée par sa voix envoutante, sa personnalité atypique et sa vie aussi mystérieuse que tragique – Amalric a choisi opportunément le moment du 20e anniversaire de sa mort pour sortir son film ; et d’autre part sur l’extraordinaire performance de Jeanne Balibar, que l’on a quelquefois du mal à distinguer de la vraie Barbara, aussi bien par la voix que par l’allure et l’apparence ; Amalric intercale dans son film des images d’archives de la chanteuse, créant volontairement la confusion entre le documentaire et la fiction.

Lui-même se met en scène en réalisateur fasciné par la chanteuse : on a droit régulièrement à des plans (longs…) de son regard fasciné sur son actrice en train de ressusciter la chanteuse, on le voit même sangloter lors d’une répétition… La ficelle est un peu grosse… C’est donc « un film dans le film », où l’on voit un réalisateur forcément inspiré faire répéter son actrice dans une suite de décors qui évoquent différents moments de la carrière de Barbara. Jeanne Balibar elle-même incarne Brigitte, une actrice à la renommée internationale (au début elle parle anglais pour qu’on comprenne qu’il s’agit d’une production haut de gamme), qui répète le rôle de Barbara, au milieu du désordre et des péripéties (y compris amoureuses) du tournage.

Le public est censé avoir le tournis devant ce kaléidoscope, mais on comprend surtout qu’il s’agit de jeter aux orties le genre du biopic, bêtement documenté et chronologique (type La Môme ou Dalida), ce qui serait une bonne idée si le film était habité par une réflexion sur Barbara, et pas seulement par le souci de se montrer « moderne ». Le résultat, au-delà de la frustration que peut provoquer ce cinéma de la « déconstruction », c’est qu’Amalric construit à bon compte sa figure d’artiste « moderne » sur les performances conjuguées de Barbara et de Jeanne Balibar…

Au fond, ce film raconte et réactive une nouvelle fois la très vieille histoire de l’exploitation masculine du travail et du talent des femmes…


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