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Hommage à Maurice Failevic (1933-2016)

Jusqu’au bout

>> Geneviève Sellier  

Publié le mercredi 4 janvier 2017



Jusqu’au bout (2004), écrit et réalisé par Maurice Failevic pour Arte, l’un des derniers survivants de « l’école des Buttes-Chaumont », reconstitue l’historique d’une grève très dure dans une usine de textiles, avec occupation, séquestration des cadres et menace de tout faire sauter.

Avec d’anciens ouvriers pour figurants, le film retrace à peine fictionnalisé un conflit réel qui eut lieu en 2000, celui de la Cellatex (qui devient la Chimotex dans le film), mise en liquidation après la fuite du patron étranger. D’un rare et sobre réalisme, dénué de toute anecdote sentimentale ou familiale, le film retrace par le menu l’évolution des négociations, animées par un vieux renard du syndicalisme, Vincent Guérin (Bernard-Pierre Donnadieu), responsable fédéral de la CGT, débarqué de Paris dans cette petite ville des Ardennes. Le film retrace en même temps l’évolution psychologique de ces ouvriers confrontés au chômage, souvent en fin de carrière, et prêts à se laisser tenter par la violence. La lutte de classes sur son terrain d’élection historique, l’entreprise, a rarement été cernée d’aussi près depuis le légendaire Sel de la terre, réalisé en 1954 par des communistes qui furent ensuite expulsés de Hollywood par la purge « maccarthyste ».

Il y a certes ici des moments dramatiques, et même du suspense, notamment dans les tensions entre les « raisonnables » et les « jusqu’au-boutistes » qui ont séquestré les patrons et envisagent très sérieusement de mettre le feu à une substance très explosive (l’usine est classée « Seveso » et une démonstration est faite devant Guérin) ou encore lorsque l’usine est survolée par un hélicoptère qui fait craindre l’intervention du GIGN.

Mais l’essentiel est dans la recherche d’un compromis favorable au personnel autour des conditions de licenciement, le montant de la prime de départ en particulier. Car la Chimotex est condamnée irrévocablement à la fermeture, aucun emploi ne sera sauvé. Jour après jour, le film retrace les négociations entre syndicats, patrons, et préfecture... Le compromis final est rendu possible par l’intervention compatissante d’une femme, ministre de l’industrie (la France est gouvernée par la « gauche plurielle »). Et Guérin saura trouver les mots justes pour faire accepter le compromis final aux ouvriers rassemblés... qui finissent par applaudir leurs négociateurs. Happy end... relatif. Puisque le spectateur sait très bien que les fermetures et le chômage demeurent la règle et que la lutte continue...

Maurice Failevic est mort à Paris lundi 26 décembre à l’âge de 83 ans.

Ce texte est extrait de l’ouvrage de Noël Burch   et Geneviève Sellier  , Ignorée de tous… sauf du public. Quinze ans de fiction télévisée française 1995-2010, Ina éditions, 2014, pp.265-66.

Jusqu’au bout est disponible en DVD


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