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Agnès Varda : "capter le monde"


>> Alison Smith

samedi 30 mars 2019

Agnès Varda était une énergie vitale. Infatigable, intarissable, toujours ouverte, jusqu’à sa 91ème année bien entamée, aux nouvelles expériences et aux nouvelles rencontres. D’abord photographe ; ensuite cinéaste qui annonçait, puis renforçait, la Nouvelle Vague avant de développer une œuvre vaste et variée mais toujours engagée à fond dans la vie vécue ; finalement, et sans délaisser le cinéma, créatrice d’installations artistiques rassemblant objets, images et espaces évocateurs.

L'Opéra-Mouffe

Dans le cinéma des femmes Varda fut une pionnière, pas simplement parce qu’elle a commencé sa carrière à une époque où les réalisatrices professionnelles en France se comptaient sur les doigts d’une main, mais surtout parce que de film en film elle a approfondi, subtilement et avec grâce, les multiples facettes de l’expérience féminine du monde. Dans l’un de ses premiers films, le court-métrage L’Opéra-Mouffe (1958), elle promenait sa caméra le long de la rue Mouffetard à Paris, observant la vie du marché et les habitants de la rue avec le regard doucement inquiet de la jeune femme enceinte qu’elle était.
Cléo de 5 à 7

L'Une chante l'autre pas

Cléo de 5 à 7 (1961), son film ‘Nouvelle Vague’, met en scène une star mineure dont l’égocentrisme et le glamour fragile sont menacés d’un cancer possible. Pendant les années 70, elle a dramatisé les luttes féministes post-68 dans L’Une chante l’autre pas (1977), la trajectoire mouvementée et musicale de deux amies très différentes, mais chacune activiste à sa manière. Sans toit ni loi (1985), film solitaire et sauvage comme sa protagoniste, présente Mona la jeune vagabonde (Sandrine Bonnaire) à la fois comme une femme butée et comme l’idée d’une liberté inaccessible aux autres, hommes et femmes, qui la rencontrent.

Sans toit ni loi

Jane B. par Agnès V.

Et puis il y a Jane Birkin et ses multiples reflets, interrogée(s) avec beaucoup d’amour et d’humour partagés dans Jane B. par Agnès V. (1988). Il y a les voisines commerçantes de la rue Daguerre (Daguerréotypes, 1976) ; Ydessa Hendeles, artiste hantée par les enfants de la Shoah (Ydessa, les ours, et etc., 2004) ; stars célèbres (Birkin, Viva) et humbles inconnues ; et surtout dans le nouveau millénaire, il y a de plus en plus Varda elle-même, curieuse de tout, y compris de sa propre vieillesse et des souvenirs qu’elle a accumulés, qui se raconte à travers et avec les autres, dans Les Glaneurs et la glaneuse (2000, et sa suite de 2002) , Les Plages d’Agnès (2008) et son dernier film Visages villages (2017).
Daguerréotypes

Ydessa, les ours, et etc.

Les Glaneurs et la glaneuse

Le cinéma de Varda est aussi, surtout, une célébration lyrique de l’ordinaire extraordinaire. Le village de pêcheurs de La Pointe courte (1956), son premier film, peut nous sembler maintenant un monde perdu, comme celui du cinéma néo-réaliste italien auquel il ressemble un peu (fortuitement). Et pourtant, de film en film jusqu’aux années 2000, revient cette proximité physique et sensuelle, et très souvent incommode, avec les murs, les arbres, les bêtes familières, les outils qui nous servent pour travailler et les matériaux que nous travaillons, la nourriture, la terre, le soleil et la pluie. Il y a quelque chose d’intemporel et d’essentiel qui relie les gestes des glaneurs urbains de l’an 2000 aux pêcheurs de 1956 : l’humain aux prises avec un monde familier et étrange, rassurant et dangereux, présent, immédiat et rempli du passé et du souvenir. Varda captait ce monde avec sa caméra, et des aperçus glanés elle construisait des poèmes visionnaires et terre-à-terre.

Les Plages d'Agnès

Visages villages

Et puis elle était drôle. Et on l’aimait beaucoup beaucoup. Au revoir Agnès Varda, vos films demeurent.

La Pointe courte


**"Varda en 7 minutes" (Arte)

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