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J’avoue être fan de la série Dix pour cent depuis septembre 2015, lorsque j’ai vu les deux premiers épisodes lors d’un petit festival de cinéma à Brides-les-Bains, une station thermale en Savoie. L’événement était organisé par Dominique Besnehard, célèbre agent devenu entre-temps producteur et qui est à l’origine du projet. Besnehard montrait en avant-première les deux premiers épisodes avant leur passage à la télévision, impatient de savoir si le public français apprécierait. On connait la suite. La série s’est prolongée sur quatre saisons et a été reprise par Netflix. Sa formule a été reproduite, entre autres, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Voici maintenant le film, produit par Netflix.
Dans la série, écrite, comme le film, par la talentueuse showrunneuse Fanny Herrero, on observe, en mode comédie de mœurs légère, le fonctionnement de l’agence de casting parisienne ASK (inspirée d’Artmedia, où a travaillé Besnehard). Les agents aident leurs « talents » à trouver des rôles dans des films, tout en gérant leurs egos, liaisons et caprices (ainsi que leurs propres problèmes de vie). L’idée maîtresse de Dix pour cent est d’insérer dans la fiction de l’agence des stars qui jouent leur propre rôle en se moquant gentiment de leur image. On sait qu’un certain nombre de grandes vedettes se sont montrées réticentes. Il n’y a pas d’épisode avec Catherine Deneuve, Sophie Marceau, Marion Cotillard ou Gérard Depardieu, ce qui vaut peut-être mieux dans le cas de ce dernier (dans le film, son nom, prononcé comme remplacement possible d’un acteur qui a fait faux bond, est accueilli par un lourd silence). Il a fallu attendre les saisons 2 et 3 pour voir des stars du niveau de Juliette Binoche, Isabelle Huppert ou Jean Dujardin. En retour, le succès de la série a apporté la notoriété aux acteurs qui interprètent le personnel de l’agence, en particulier Camille Cottin (Andréa) et Laure Calamy (Noémie). On sait que les séries à succès ne produisent pas forcément de grands films (voir par exemple Sex and the City). Qu’en est-il de Dix pour cent, Le film ?
La saison 4 de la série se terminait sur la disparition d’ASK. Cinq ans plus tard, le film retrouve Andréa sur le point de réaliser son premier long métrage et Noémie en productrice de série télévisée à succès. Elles travaillent toutes les deux dans la même société que leur ancien patron, Mathias (Thibault de Montalembert), qui est toujours le compagnon de Noémie. Naturellement, les difficultés s’amoncellent. La star du film d’Andréa, Laurent Lafitte, l’abandonne quelques jours avant le tournage et, dans la foulée, Andréa licencie le producteur qui l’avait trahie. Noémie reprend le flambeau mais ses débuts de productrice sont catastrophiques : gaffeuse comme d’habitude, elle sabote la chance inespérée pour Andréa d’obtenir George Clooney en faisant une série de remarques déplacées qui exaspèrent la star hollywoodienne. Finalement ce sera Vincent Macaigne, face à Laetitia Casta. Les choses empirent lorsque l’équipe déménage dans le midi pour le tournage du film. Macaigne et Casta se détestent suite à une ancienne liaison qui avait mal tourné et en viennent aux mains. Enfin, une tempête détruit tout le matériel qui s’avère n’être pas couvert par l’assurance bon marché prise par Noémie. La débrouillardise de l’équipe des anciens d’ASK finit par sauver la mise ; le film reprend et est présenté à Cannes.
Remplacer la quintessence du glamour hollywoodien par Vincent Macaigne, un acteur renommé en France au théâtre et dans le milieu du cinéma d’auteur mais peu connu sur le plan international et qui se décrit lui-même dans le film comme un ‘p’tit gros avec des cheveux gras’, est évidemment censé nous faire rire. C’est pourtant un choix qui contribue à la déception que cause le film. Tout au long de ses 24 épisodes, la série Dix pour cent illustre la diversité du star-système à la française. On y trouve quelques grandes stars internationales (Binoche, Huppert, Dujardin), des divas (Isabelle Adjani), des stars du cinéma d’auteur (Sandrine Kiberlain), des vedettes de la télévision (Muriel Robin, Mimie Mathy), des comiques populaires (Ramzy Bedia, Frank Dubosc), des vétérans (Line Renaud, Guy Marchand), des plus jeunes (Julien Doré, Laura Smet), des célébrités issues d’internet (Norman) et d’autres encore. Réduire cet éventail à un ou deux individus pour le film constituait un défi auquel le couple Macaigne-Casta n’a pas vraiment répondu. Tandis que Macaigne parodie sa persona de loser dépressif qui néanmoins séduit des femmes de toute beauté (d’où le couple avec l’ancienne top model), le film ne lui donne jamais l’occasion de montrer son talent d’acteur, censé être son point fort. Quant à Laetitia Casta sa contribution se résume à prendre un coup de poing sur le nez. La « blague » selon laquelle les policiers qui arrêtent le couple lors d’une manifestation d’Action Rébellion ne les reconnaissent pas n’est finalement pas si éloignée de la vérité – en tant qu’acteurs de cinéma, ni l’un ni l’autre n’ont une réelle visibilité auprès du grand public en France, ni même du public cinéphile international.
Pour les fans de la série, il y a malgré tout un plaisir certain à retrouver la plupart des membres de l’équipe d’ASK. Chacun joue, voire surjoue, son personnage : Mathias reste un mufle, Gabriel (Grégory Montel) en version hétéro et Hervé (Nicolas Maury) en version gay, déclinent le cliché de la masculinité ‘fragile’, la doyenne Arlette (Liliane Rovère) rajoute quelques secrets à son passé déjà passablement mouvementé. Camille est devenue agent à part entière. On note deux absences parmi le personnel qui, c’est dommage, correspondent aux seuls acteurs non blancs : Sofia (Stéfi Celma) – pressentie mais a dû se désister – et Hicham, dont l’acteur, Assaâd Bouab, ne souhaitait pas continuer son rôle.
C’est sur Andréa et Noémie que le film met majoritairement l’accent. A priori on ne peut que se réjouir, non seulement de ce duo comique féminin, mais aussi que la série illustre la part grandissante des femmes réalisatrices et productrices dans le cinéma français. Pour Fanny Herrero, tous les personnages de la série sont « des personnages très névrosés, assez fissurés qui courent toujours après une reconnaissance ». Certes, mais le film dans ses choix narratifs et de mise en scène, illustre ce désir de reconnaissance selon des lignes genrées traditionnelles. Andréa, fidèle à son personnage dans Dix pour cent (et celui plus ancien de sa série comique Connasse), est autoritaire, agressive et arrogante sur le tournage, ce qui mène tout le monde au désastre au moment de la tempête. Ses problèmes récurrents avec son ancienne compagne et leur conflit au sujet de leur fille relance dans le film le thème noté par Geneviève Sellier dans la série, à savoir l’incompatibilité entre carrière et parentalité pour les femmes. De même, comme dans la série, les compétences professionnelles de Noémie ont tendance à être occultées par son énergie chaotique, sa verbosité et une physicalité débordante, ainsi que le talent de l’actrice à rendre son personnage touchant. Dans le film, sa série télévisée à succès est présentée comme infantile et vulgaire avec ses accessoires colorés (Andréa exprime clairement son mépris culturel pour ce travail, malgré son succès) et c’est toujours elle, Noémie, qui est dénudée et sexuellement active (et était-il vraiment nécessaire de la montrer recevoir le coup de téléphone crucial de l’assurance pendant qu’elle fait pipi dans les bois ?). Par ailleurs, alors qu’elle a enfin quitté Mathias après une énième trahison professionnelle, c’est malgré tout de lui qu’elle attend la « reconnaissance » dont parle Herrero ; c’est quand il lui assure qu’elle n’est pas « complètement nulle » qu’elle rebondit après le fiasco de l’assurance, même si c’est le soutien de toute l’équipe qui rend la solution possible.
En fin de compte, malgré le talent de ses acteurs et les brèves apparitions glamour de George Clooney et Eva Longoria, le film est peu susceptible d’attirer de nouveaux spectateurs. Les fans de Dix pour cent continueront de souhaiter une cinquième saison, peut-être en vain puisque Fanny Herrero en parle comme d’un point final (elle n’avait pas travaillé sur la saison 4). En attendant, ils devront se contenter de ce film décevant mais regardable et la série qui est toujours disponible sur Netflix.















