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Mélisa Godet / 2026

La Maison des femmes


Par Geneviève Sellier / vendredi 29 mai 2026

Une belle entreprise de solidarité féminine

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Fiction documentée sur la Maison des femmes de Saint-Denis, créée en 2016 par Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne d’origine libanaise, La Maison des femmes réunit une distribution brillante menée par Karin Viard pour raconter les difficultés de cette institution pluridisciplinaire tout à fait originale qui propose aux femmes victimes de violences (excision, violences conjugales, etc.) une prise en charge globale : soins médicaux, psychologiques, juridiques, cercles de paroles et ateliers de création à valeur thérapeutique.

Le fil narratif est double : l’arrivée d’une jeune interne qui fait un stage en attendant d’être intégrée dans une institution privée grâce à l’entregent de sa mère. Elle finira par choisir de rester. Et l’arrivée d’enquêteurs de l’IGAS (Inspection générale de l’Agence sanitaire) pour contrôler le fonctionnement de cet établissement hors normes. Avec la jeune interne, nous assistons à des entretiens avec les femmes venues demander de l’aide, et surtout aux réunions du collectif de soignant·es qui discutent à la fois des patientes et des difficultés financières de l’institution. L’atmosphère est chaleureuse, souvent explosive ; les soignantes sont largement majoritaires, mais le psychiatre incarné par Pierre Deladonchamps introduit une mixité bienveillante dans le collectif ; la présence du trésorier (Jean-Charles Clichet) est plus anxiogène (il propose de supprimer certaines activités qu’il juge accessoires) , mais la directrice (Karin Viard) soutient mordicus la pluridisciplinarité et les ateliers créatifs. On assiste entre autres à l’atelier photo, qui donne lieu à une véritable métamorphose des patientes. Pour parer à l’insuffisance des subventions publiques, la directrice entreprend une campagne de marketing auprès de sponsors privés, ce qui donne lieu à des séquences comiques bienvenues. L’humour n’est jamais absent, même dans les moments les plus dramatiques, ce qui concourt à la réussite du film.

La télévision publique a diffusé récemment une mini-série de Frédéric Krivine sur un sujet voisin, L’Affaire Laura Stern. La grande différence entre les deux fictions (celle de Mélisa Godet est plus rigoureusement documentée) est la mise en évidence du fonctionnement collectif des soignant·es, tous/tes formé·es à la prise en charge des violences physiques et psychologiques que subissent les femmes. C’est la dimension collective de leur travail qui permet aux soignant·es de la Maison des femmes de tenir et d’être efficaces, ce que la mini-série ignorait superbement. Le film de Melisa Godet n’est d’ailleurs pas dépourvue de vertus pédagogiques, en particulier dans la séquence où la gynécologue explique à sa patiente (et au public par la même occasion) en quoi consiste la chirurgie réparatrice du clitoris pour les femmes excisées.

Par ailleurs, même si les femmes immigrées sont nombreuses à Saint-Denis où Ghada Hatem a créé la première Maison des femmes, l’institution accueille aussi des femmes françaises : le film rappelle opportunément que les violences contre les femmes concernent tous les milieux. Le film montre aussi les effets délétères du confinement de 2020 dû au Covid 19 : l’enfermement des femmes avec leurs agresseurs. L’une des patientes en mourra.

Seul bémol : on comprend bien pourquoi la participation de Karin Viard était importante pour financer le film et attirer un plus large public, et l’actrice met toute sa fougue dans le personnage de la directrice, mais cela invisibilise le fait que Ghada Hatem est libanaise, c’est-à-dire arabe. Et le film donne à l’actrice un look de blonde chic et stricte qui l’éloigne d’autant plus de son modèle.

Heureusement, la distribution reflète par ailleurs la diversité des soignant.es engagé·es dans cette belle aventure : on reconnaît Eye Haïdara (Le Sens de la fête, 2017 ; Les Femmes du square, 2022 ; En thérapie, 2022) qui a fait une prestation brillante pour l’ouverture du Festival de Cannes 2026 ; Laetitia Dosch (Jeune femme, 2016 ; Passion simple, 2020 ; Petite leçon d’amour, 2022 ; Le Roman de Jim, 2024), médecin débordée par sa récente maternité ; Oulaya Amamra (Divines, 2016 ; L’Adieu à la nuit, 2019 ; Fragile, 2021) qui incarne Inès la jeune interne. Et la même diversité caractérise les patientes…

Souhaitons que cette fiction très réussie permette aussi de médiatiser et d’élargir le soutien à La Maison des femmes : il y a aujourd’hui 31 structures de ce type dans toute la France.


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