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Le Fils de Jean

Philippe Lioret / 2015

>> Geneviève Sellier  

Publié le dimanche 2 octobre 2016




Mathieu (Pierre Deladonchamps), un jeune trentenaire séparé de sa femme et père d’un petit garçon, apprend que son père biologique qu’il n’a pas connu, vient de mourir au Québec et qu’il lui a légué un tableau. Il décide d’aller à l’enterrement à Montréal où l’accueille Pierre (Gabriel Arcand), le vieil ami du mort, qui lui raconte avoir assisté à la rencontre entre ses parents lors d’un congrès de médecine à Paris trente ans plus tôt. Le tableau se révèle un objet de grand prix que Mathieu hésite à accepter. Désireux de faire la connaissance de ses deux demi-frères qui ignorent son existence, il part avec Pierre les rejoindre au bord du lac où il est mort noyé, sans doute d’une crise cardiaque, pour tenter de retrouver le corps. Les deux frères se révèlent aussi agressifs qu’intéressés et finissent par se taper dessus dans la cabane au bord du lac. Mathieu et Pierre repartent horrifiés et Mathieu, hébergé par la famille de Pierre, comprend peu à peu que c’est en fait lui qui est son père et qu’il l’a fait venir parce qu’il va mourir : il a un cancer de la prostate qu’il refuse de soigner (médecin lui-même, il pratique une forme de médecine alternative et refuse l’acharnement thérapeutique). Leur relation change de nature et Mathieu repartira avec le tableau, et la promesse que son père se soignera pour venir le voir à Paris.

Ce film remarquablement interprété par les deux protagonistes principaux, le fils et le père, relève d’une entreprise de réhabilitation patriarcale assez fréquente dans le cinéma contemporain.

En effet, on comprend que ce jeune homme qui se présence lui-même comme un père qui s’efforce d’être exemplaire, malgré le fait qu’il vit séparé de son fils, a un père biologique qui ne s’est jamais manifesté à lui jusqu’à ce moment. On comprend que l’homme, déjà marié et père de deux enfants au Québec, n’aurait pas donné suite à l’annonce de la grossesse de son amante parisienne. Autrement dit, cette manifestation classique de la lâcheté masculine – laisser une femme seule face aux conséquences d’une grossesse accidentelle – non seulement n’est pas dénoncée par le film, mais la rencontre tardive entre le fils adulte et son père biologique est racontée sur le mode du conte de fées, l’épouse et la fille québécoises se montrant idéalement accueillantes, cependant que Pierre, à travers le cadeau d’un tableau de prix, se transforme en magicien, grâce à qui Mathieu va pouvoir arrêter son métier alimentaire de commercial dans une entreprise de croquettes pour chiens (!) pour écrire un deuxième roman policier, et que Mathieu lui-même arrive à convaincre son père de se soigner pour qu’ils puissent enfin vivre leur relation ! L’abandon initial dont l’homme s’est rendu coupable est totalement passé sous le tapis, et comme l’histoire est racontée du point de vue du jeune homme qui semble découvrir avec émerveillement l’existence de ce père, le spectateur aurait mauvaise grâce à faire la fine bouche.

Le quiproquo de la première partie du film, où Mathieu croit être le demi-frère de deux hommes aussi antipathiques qu’agressifs, amène le spectateur à ressentir comme un véritable « happy-end » la révélation que son père biologique est en réalité le vieil homme aussi pacifique que délicat qui l’a accueilli à son arrivée.

Tout est finalement pour le mieux dans le meilleur des mondes patriarcal, et les personnages féminins – l’épouse et la fille du père biologique – sont totalement instrumentalisés pour permettre à cette relation père-fils de s’épanouir enfin, comme si les raisons du silence du père pendant 33 ans étaient dues à des causes indépendantes de sa volonté. Les personnages repoussoir sont les deux « faux » demi-frères qui incarnent des formes de masculinité caricaturale (violence, appât du gain, harcèlement) alors que les deux protagonistes principaux manifestent toutes les qualités typiquement « féminines » d’un patriarcat bienveillant (chacun avec leur fils respectif) : douceur, écoute, générosité, souci de l’autre, etc.


grr >> Générique


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