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Lutine

Isabelle Broué / 2018
>> Geneviève Sellier  

Publié le samedi 15 septembre 2018



LUTINE Bande-annonce VFST-Fr from Isa Lutine on Vimeo.


Il ne faut pas mourir idiot·e ! Je viens de découvrir Lutine, un film d’Isabelle Broué, une sorte de docu-fiction à la fois modeste (réalisé par financement participatif) et jubilatoire, dont l’héroïne, incarnée par la réalisatrice, entreprend d’enquêter sur le polyamour ou la polyamorie (terme plus couramment utilisé par les anglophones). Cette pratique, récemment importée en France, qui postule la possibilité de vivre parallèlement plusieurs relations amoureuses, met l’accent sur le consentement et le respect des partenaires. En ce sens, c’est une tendance pleinement synchrone avec le mouvement MeToo.

Le film est réjouissant parce qu’il transgresse avec beaucoup d’humour à la fois les codes de la fiction et du documentaire : c’est une sorte de parodie de la posture d’observation participative chère aux sociologues. L’enquêtrice va consulter différentes oracles (en particulier Françoise Simpère, autrice de Aimer plusieurs hommes et Guide des amours plurielles) et se prend au jeu jusqu’à utiliser son partenaire comme source d’une fiction sur la chose ! Évidemment, ça tourne mal : son partenaire la quitte et le film tombe à l’eau faute de combattant ! Heureusement, c’est une fausse fin ! L’épilogue est nettement plus optimiste et même un brin utopique !

Le film est aussi une fiction sur la difficulté de faire un film quand on ne rentre pas dans les cadres (et qu’on est une femme…) mais là aussi, c’est le système D qui a le dernier mot.
On rit souvent aux tentatives maladroites de la réalisatrice (de fiction) pour traiter son sujet en mettant la main à la pâte ; mais on en apprend beaucoup sur les convictions et les difficultés de celles (surtout) et ceux qui tentent de sortir des sentiers battus de la monogamie hétéronormative.

Ceci dit, l’enthousiasme visible de l’autrice pour la polyamorie l’amène à faire complètement l’impasse sur le cadre socioculturel qui pèse forcément sur ce genre d’entreprise : la domination masculine. Les hommes dans ce film sont doux, respectueux, vulnérables… face à des femmes qui sont des forces de la nature ! Tout ce qu’on souhaite à l’autrice, c’est d’aborder cette question dans son prochain film !


Film de et avec Isabelle Broué, et Mathieu Bisson, Philippe Rebbot, Agathe Dronne, Laurent Lederer


Le film est projeté tous les vendredis soir à l’Accatone (20 rue Cujas, 75005, Paris) et suivi d’un débat (le 28 septembre, c’est avec la philosophe Geneviève Fraisse, autrice d’un ouvrage sur le consentement).


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