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The Handmaid’s Tale - la Servante écarlate

>> Juliet Monnain  

Publié le lundi 23 juillet 2018




The Handmaid’s Tale, renommée en France The Handmaid’s Tale : la Servante écarlate, est une série américaine créée par Bruce Miller. Elle est diffusée sur la plateforme de vidéo à la demande Hulu depuis 2017 et en France sur la chaîne OCS Max. La saison 1 est basée sur l’ouvrage éponyme de Margaret Atwood, publié en 1985. Les deux saisons de la série ont été quasi-universellement saluées par la critique, en France et outre-Atlantique. Le New-York magazine, notamment, affirme que la saison 2 « montre encore plus le danger de rester passif face à l’extrémisme. Et cela tombe au moment où certains Américains semblent peut-être déjà résignés devant ce qu’est en train de devenir le pays sous Trump […] ». La série est vue comme une puissante métaphore de la société occidentale contemporaine, ou de ce qu’elle pourrait devenir si nous ne « faisons pas plus attention ». On y lit volontiers la critique d’une Amérique trumpienne conservatrice. Elle a été par ailleurs unanimement reconnue comme une série féministe.

Cet article ne traitera pas de la saison 1, basée comme on l’a dit sur l’ouvrage (très bon) d’Atwood, mais uniquement de la saison 2, sortie cette année. Si les lieux et les personnages ne changent pas, les showrunners s’éloignent de la trame originelle écrite par Atwood et la série devient perméable à un certain nombre de tropes misogynes. Ce sont ces aspects que je vais tâcher d’analyser dans cet article.

Synopsis
Dans un futur très proche, le taux de fécondité a baissé drastiquement, rendant les naissances extrêmement rares. Une secte protestante nataliste, les Fils de Jacob, en profite pour prendre le pouvoir aux États-Unis et fonder la République de Gilead. Les femmes sont déchues de leur citoyenneté et divisées en trois castes – les Épouses, mariées à des hauts dignitaires politiques, les Marthas, chargées d’entretenir la maison, et les Servantes, qui sont les dernières femmes fertiles. Réduites en esclavage, elles sont placées au service d’hommes importants de la République, violées tous les mois au cours de la ‘’Cérémonie’’, et chargées de porter leurs enfants. Une quatrième catégorie existe, celle des Unwomen, des femmes exclues de la société pour les fautes qu’elles ont commises et internées dans des camps de concentration radioactifs. La série suit le personnage de la Servante June, renommée Defred, au service du Commandant Waterford et de sa femme Serena Joy.

Une série qui promeut l’individualisme

On remarque d’abord que la saison 2, contrairement à la première saison, ne montre jamais les femmes se réunir et constituer un groupe, quel qu’il soit. Cette idée s’articule de deux manières, à la fois distinctes et complémentaires : premièrement, les relations entre femmes d’une même caste – Servantes, Épouses ou Marthas – ne sont pas développées. Aucune relation d’amitié ou relation amoureuse entre Servantes n’est montrée à l’écran, alors que les possibilités relationnelles sont multiples. Les apports relationnels du féminisme sont donc totalement passés sous silence : l’entraide, l’affection, le respect ou l’amour entre femmes sont complètement absents. L’amitié entre June et Janine – une autre servante – par exemple, ne dépasse jamais le stade de la compassion. Si June ressent de la pitié pour Janine et tente de l’aider à plusieurs reprises, les conséquences de cette compassion ne sont pas développées dans l’intrigue. La relation entre June et Emily, pourtant complexe et enrichissante, n’est jamais développée plus avant non plus. Les relations les plus développées, celles auxquelles on donne le plus d’importance, sont les relations amoureuses hétérosexuelles – comme la relation entre June et Nick. Pour une série féministe, il est donc assez paradoxal que The Handmaid’s Tale ne montre aucune relation forte entre femmes, qui plus est entre femmes d’une même classe liées par des intérêts et un but communs. Le principal ‘’vecteur de bonheur’’ de June n’est donc pas les amitiés qu’elle entretiendrait avec des femmes comme elles, mais sa relation amoureuse avec un homme (Nick), qui plus est au service du régime qui l’a réduite en esclavage. Chaque épisode ou presque est une occasion de développer leur relation (par ailleurs très peu intéressante) ou les sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre. En douze épisodes, jamais June ne donne d’amour, de compréhension ou d’estime à une femme de sa caste. Pourtant, elle déclare son amour à Nick une bonne demi-douzaine de fois.

Travailler pour les dominants, ce vecteur d’émancipation

L’autre pendant de ce mépris sexiste des relations entre femmes est l’absence totale chez les Servantes d’une quelconque conscience de classe. La saison 1 montrait quelques moments intéressants – comme dans l’épisode final Night où les Servantes s’opposent collectivement et pacifiquement à l’exécution de leur amie Janine. June dit même, à la fin du même épisode, que les Servantes « forment une armée » (It’s their own fault. They should have never given us uniforms if they didn’t want us to be an army). L’émergence de cette conscience de classe conclut brillamment la saison 1, et la spectatrice attend évidemment une saison 2 plus centrée encore sur la lutte collective, sur la résistance commune des Servantes au régime de Gilead. Malheureusement, il n’en est rien. Dans la saison 2, aucune tentative de résistance collective n’est montrée à l’écran, et ce qui était amorcé dans la saison 1 ne trouve aucun écho. On nous dit bien que les femmes doivent s’unir, mais cette affirmation n’a aucune portée réelle sur l’intrigue. Un fossé se creuse entre ce que la série affirme et ce qu’elle montre : des femmes seules, qui ne peuvent s’en sortir que seules.

Il est né, le divin enfant…

L’accent est mis sur de petites actions du quotidien qui rendent la vie plus supportable : June peut voir sa fille grâce à Waterford et s’enfuir grâce à Nick. Elle gagne également un semblant d’émancipation dans l’épisode Women’s Work (dont nous reparlerons) grâce à Serena Joy, qui lui permet de travailler. Alors que le vrai défi aurait été de montrer les femmes se réunir pour lutter – parce que la seule véritable puissance d’un groupe social opprimé se trouve dans la lutte collective – la série se centre sur l’expérience individuelle. Les privilèges qu’obtient June sont tous donnés par les dominants eux-mêmes, et ne lui permettent aucune émancipation réelle. Ils ne font au contraire que renforcer un peu plus son statut de dominée, qui ne peut obtenir sa liberté que grâce à ceux qui l’exploitent. L’alliance des Servantes, l’émergence d’une réelle conscience de classe, aurait permis de subvertir cet état de fait. Mais La Servante écarlate reste obstinément centrée sur l’expérience individuelle, sans jamais explorer les multiples richesses du groupe. Se révèle alors le profond libéralisme de la série, non seulement opposée à l’idée même de groupe social, mais aussi à toute forme de révolte féministe.

La révolution, voilà l’ennemie !

En effet, toutes les actions violentes provoquées par les Servantes elles-mêmes sont montrées comme sans conséquences réelles, voir inutiles. L’exemple le plus probant est sans doute le traitement de l’attaque à la bombe de l’épisode First Blood. Une Servante seule, Deglen, provoque un attentat lors d’une réunion d’importants dignitaires de Gilead, causant plusieurs morts. Enfin, se dit la spectatrice pleine d’espoir, le jour de gloire est arrivé. Mais alors que nous attendions l’étendard sanglant, l’attaque n’a finalement aucune conséquence sur le déroulement de l’intrigue. Chacun rentre chez soi, et le Commandant Waterford (immonde tyran s’il en est) n’est que superficiellement blessé. Gilead ne semble souffrir d’aucune séquelle pérenne. La seule action un tant soit peu révolutionnaire est le fait d’une femme seule et isolée. Preuve que Bruce Miller ne comprend pas – et ne comprendra hélas sans doute jamais – ce que signifie véritablement l’acte révolutionnaire. Même dans les moments de violence, la révolte est toujours solitaire, parce que le pouvoir du groupe (le pouvoir des femmes entre elles) n’est jamais une option. Et on devine sans peine que ce n’est pas une leçon de marxisme cachée : la non-conscience de classe des femmes n’est pas la cause de leur échec. La révolte ne peut qu’être individuelle parce que l’individualisme est le seul mode de pensée imaginable et viable. Et elle est, forcément, inutile : comme le disent si bien les libéraux, la violence ne résout rien.

Un autre exemple peut étayer cet argumentaire : dans la saison 1, Emily, une Servante, vole une voiture et renverse un Gardien (les Gardiens sont des sortes d’hybrides entre la BAC et des vigiles ultraviolents), le tuant sur le coup. Cet acte de révolte désespérée, qui pourrait être porteur d’espoir et semer d’autres graines de violence, est présenté comme faisant plus de mal que de bien. En effet, Emily est envoyée aux Colonies, où les femmes manipulent des déchets radioactifs jusqu’à leur mort. Les seuls effets tangibles que cet acte provoque sont l’exil, puis l’agonie d’Emily. La hiérarchie gilealdienne, l’ordre établi ne sont pas ébranlés, et les Servantes elles-mêmes ne semblent pas touchées. Nulle n’en parle, et toutes continuent leur vie comme si rien ne s’était passé. Il est difficile de ne pas bondir devant aussi peu de solidarité. Mais là encore, le message est clair : révolte et révolution sont inutiles, sans effet. La violence des dominées, même si elle est légitime, n’est qu’un coup d’épée dans l’eau.

Ce sont les épisodes After et Women’s Work qui nous indiquent le mieux comment s’opère le changement social selon Bruce Miller. Il n’est pas provoqué par la révolution mais bien par une libéralisation progressive de la société – à la manière de l’URSS dans les années 1970-1980. Dans ces épisodes, le Commandant Waterford est à l’hôpital à la suite de l’attentat précédemment cité. June et Serena Joy s’allient alors (mais la première reste toujours, évidemment, sous l’autorité de la seconde) et remplacent Waterford dans la gestion de certaines affaires politiques du pays. Les dernières secondes de l’épisode After sont particulièrement intéressantes : on voit June saisir le stylo que lui tend Serena Joy, une lueur de triomphe dans les yeux. Gros plan sur son visage triomphant et musique emphatique renforcent l’idée que nous assistons à une véritable scène d’émancipation. Cette scène est indubitablement symptomatique de l’idéologie libérale : l’émancipation des dominé.es se fait par le travail (et non par la révolution, Deglen aurait dû le comprendre avant de perdre la vie), et elle est toujours du fait des dominants eux-mêmes, qui autorisent ladite émancipation. Serena Joy est dans ces épisodes présentée comme une alliée de June. Pourtant, elle est complice des viols ritualisés qu’elle subit tous les mois et est présentée comme l’une des têtes pensantes du régime de Gilead qui l’a réduite en esclavage. Pour une alliée, c’est un peu fort de café. Mais elle ne peut qu’être ‘’gentille’’ puisqu’elle permet à June une relative et courte ascension sociale : elle la fait momentanément passer de l’esclavage sexuel à l’esclavage tout court – vous ne vous imaginiez pas qu’en plus, June allait être payée !

« J’ai sacrifié tous mes droits. Je voulais juste obéir à ma nature profonde de mère. »

Le travail est ici posé comme le seul vecteur d’émancipation possible pour les femmes, alors qu’il est historiquement lié à l’exploitation capitaliste, et ne peut être envisagé ici autrement que sous ce prisme. De plus, ces scènes réaffirment l’idée déjà présente dans la série que la liberté n’est pas une chose qu’on revendique, mais un privilège accordé par les dominants. On devine alors sans peine comment finira Gilead : non pas brûlé sous les flammes des femmes en colère, mais progressivement libéralisé par les dominants eux-mêmes, qui engageront pour plus de commodité leurs esclaves à leur service.

Cette analyse ne fait que renforcer ce que nous savions instinctivement déjà : la série de Bruce Miller est un étendard du féminisme libéral. On ne sait si on doit rire ou pleurer devant un tel oubli de l’histoire du féminisme. On pourrait demander à Bruce Miller à quel moment dans l’histoire les femmes ont acquis leurs droits grâce à la mansuétude de quelques hommes gentils. On aimerait aussi lui dire que pour chaque avancée démocratique, il y a eu des bombes, des trains qui déraillent, des manifestations. Que derrière toute loi démocratique d’un Parlement d’hommes riches, il y a la lutte des classes.

Les femmes, ces ventres sur pattes

La série n’affronte jamais le problème que pose le fait de porter un enfant non désiré. Pourtant, l’imposition d’une grossesse à des femmes qui n’en veulent pas est au centre de l’intrigue : les femmes fertiles sont violées à répétition jusqu’à tomber enceintes, et doivent porter l’enfant de leur violeur. Affleure un premier problème : toutes les Servantes aiment leur enfant né d’un viol. Cette maternité violente, assimilable à de la torture à la fois physique et psychologique, n’est jamais questionnée, jamais nommée comme telle. Au contraire, elle est présentée comme un havre d’amour et de paix pour les Servantes, qui aiment toujours inconditionnellement leur enfant. Pourquoi mènent-elles toutes leur grossesse à terme ? Pourquoi sont-elles si réjouies par leur accouchement et par la présence de leur enfant ? Les Servantes sont des ventres, violées rituellement et forcées de porter les fruits de ces viols. D’où vient alors l’amour qu’elles portent auxdits fruits ?

La maternité, que ce soit celle de Janine ou celle de June elle-même, est présentée comme naturellement, biologiquement porteuse d’amour et de joie. Dans la 2e saison de La Servante écarlate, si le viol est problématisé, la grossesse qui en découle ne l’est jamais. Elle est toujours une bénédiction, parce qu’elle correspond finalement à la vraie nature des femmes. Les Servantes devraient haïr leur grossesse et leur maternité, qui sont directement vecteurs d’oppression, mais elles continuent pourtant de les glorifier. The Handmaid’s Tale n’est donc pas seulement une série libérale, elle est aussi profondément essentialiste et biologisante dans son traitement de la maternité. Elle évacue totalement la question pourtant centrale de la grossesse qui découle d’un viol – et ne peut donc pas traiter correctement la question du viol lui-même.

L’exemple le plus criant est sans doute celui de Janine. Violée par le Commandant Putnam, homme violent et sadique, et par sa femme Naomi, elle éprouve pourtant un amour profond pour sa fille Charlotte. Leurs liens sont d’ailleurs si forts – alors qu’elles ne se sont côtoyées que quelques jours avant le sevrage du bébé – que Janine parvient, par sa seule présence maternelle, à sauver Charlotte de la mort. En effet, dans l’épisode Smart Power, Charlotte est atteinte d’une maladie infantile que personne ne parvient à soigner. Seuls l’amour et la présence de sa mère biologique parviennent à la guérir – mère biologique qu’elle n’a connue que quelques jours. L’amour maternel est non seulement présenté comme allant de soi, biologique, mais également comme un remède presque divin. On retrouve ici l’idée essentialiste de l’instinct maternel : Janine sait instinctivement comment guérir sa fille. L’image de Janine habillée de blanc, à l’hôpital, tenant sa fille dans ses bras, entourée d’un halo de lumière, en appelle immédiatement à notre imaginaire marial. La mère, Janine, est à la fois animale et divine, tenant de la lionne qui protège instinctivement ses petits et de la Vierge Marie. Le lien mère-enfant et la maternité elle-même ne sont pas traités comme des produits culturels mais comme à la fois essentiels et quasi-divins.

Les femmes ‘’libres’’ subissent le même traitement essentialiste. Dans les flash-backs autour de la vie de June avant l’avènement de la république de Gilead, l’accent est mis sur son couple avec Luke, son mari, et surtout sur son expérience de la maternité. Rien ne nous est épargné : sa grossesse, son accouchement, le lien qu’elle entretient avec sa fille… Avant d’être une femme, un individu libre et doté d’une conscience, June est d’abord une mère. Les flashbacks l’affirment avec force, et la fin de la saison 2 le confirme avec une force plus grande encore. En effet, si June choisit de rester à Gilead, c’est pour retrouver sa fille Hannah, abandonnée à des sympathisants du régime. Le camarade Miller dit d’ailleurs, à propos du final de la saison, que « June reste parce que c’est une mère ». June n’est pas une individue, une être humaine, c’est une mère. Rien de plus, rien de moins. Elle n’est pas motivée par la révolte, mais seulement par l’amour qu’elle porte à sa fille. Son seul moteur est la maternité – à l’image d’ailleurs de la plupart des autres personnages féminins de la série.

Serena Joy est aussi essentialisée que les autres. Autrefois femme politique importante, elle concède tous ses privilèges et accepte de devenir une femme au foyer pour se conformer aux exigences de Gilead. Elle est présentée comme une femme intelligente et volontiers manipulatrice, puissante, très bonne politicienne (au point qu’elle a d’ailleurs l’ascendant sur son mari lorsqu’il est question de politique). Serena Joy n’est jamais présentée comme manipulable. En voyant l’évolution de son personnage, de leader politique dans les flashbacks à femme au foyer soumise à son mari, on s’interroge dès la saison 1 sur les raisons de cette abdication. Serena Joy a-t-elle été forcée de devenir une Épouse ? Était-ce par conviction profonde ? Dans la saison 1, ces interrogations ne sont pas éclairées. Il faut attendre l’épisode Holly, antépénultième épisode de la saison 2, pour comprendre les motivations de Serena. Les Waterford recherchent June, enceinte de leur enfant, qui s’est enfuie de nouveau. En la recherchant, ils se disputent, Serena accusant son mari d’avoir causé leur perte en laissant une fois de plus leur Servante s’enfuir. Elle conclut sa diatribe en lui disant : « J’ai tout abandonné pour toi. Je voulais juste un bébé. » Ici, le « tout » désigne sa vie d’avant, ses droits et ses privilèges. Serena Joy s’est donc réduite elle-même en esclavage pour avoir un enfant. Outre le problème que pose l’idée (nauséabonde) d’une femme se réduisant volontairement en esclavage, on ne peut imaginer cause plus misogyne. Seule une femme peut en effet penser qu’être mère est plus important qu’être libre. L’essence de Serena (la maternité) est plus forte que ses aspirations, ses ambitions ou ses convictions politiques. Personnage complexe, parce qu’à la fois dominée et dominante, élevée dans la hiérarchie sociale mais à la merci de son mari, elle est tout bonnement réduite à son instinct maternel. Et cette réduction est présentée comme allant de soi, parce qu’il est bien connu que la biologie ne peut être discutée.

« J’ai sacrifié tous mes droits. Je voulais juste obéir à ma nature profonde de mère. »

Il est alarmant de constater qu’une série qu’on présente comme féministe soit à ce point essentialiste. Si vous cherchiez dans La Servante écarlate un réel questionnement de la maternité comme processus d’aliénation, passez votre chemin. Si vous vouliez y voir des personnages féminins complexes aux motivations complexes, passez votre chemin également.

Les lesbiennes invisibles

L’invisibilisation des personnages de femmes lesbiennes marque tout particulièrement le fossé entre la saison 1 et la saison 2. Dans la saison 1, deux protagonistes sont présentées comme gaies : Moira et Emily. Moira est la meilleure amie de June. Déjà politisée avant le coup d’État de Gilead, elle s’engage dès le début contre le régime. Elle est ensuite capturée et envoyée dans le Centre Rouge pour y être formée à devenir une Servante. Elle orchestre alors son évasion ainsi que celle de June, avant d’être capturée de nouveau et forcée de se prostituer au bordel de Jezebel. La Moira de la saison 1 est un personnage fort : elle possède une forte personnalité, n’hésite pas à s’opposer à l’autorité et à prendre des risques. Elle est également dans une position de protection et de mentoring vis-à-vis de June, qu’elle aide par exemple à s’échapper du Centre Rouge. Son homosexualité n’est pas passée sous silence, mais n’est pas non plus un ressort de l’intrigue. C’est une véritable bouffée d’air frais, et l’interprétation de la fantastique Samira Wiley (qui a notamment joué dans Orange Is The New Black) n’y est pas pour rien. On attend, dans la saison 2, un développement plus ample encore de ce personnage très intéressant.

Pourtant, on comprend vite en regardant la saison 2 qu’il n’en sera rien. Dans l’épisode Baggage, elle parvient à s’enfuir au Canada, et n’a plus par la suite aucune influence sur le déroulement de l’intrigue. Elle est réduite à un rôle de personnage secondaire, tout juste bonne à aider Luke, le mari de June, à rechercher sa femme restée à Gilead. Quelques scènes nous montrent sa vie au Canada, où elle travaille dans un centre d’accueil des réfugiés, mais sans que son personnage ne soit plus développé. Elle est subordonnée à Luke, qui devient le principal moteur de l’action au Canada. Dans l’épisode Smart Power, Nick, le chauffeur des Waterford, parvient à faire passer au Canada des lettres de Servantes racontant l’enfer qu’elles traversent. C’est intéressant de noter qu’il confie ces lettres non à Moira, pourtant ex-Servante, mais à Luke, le mari de June, qui n’a aucune expérience de Gilead. Dans la résistance active au régime, c’est donc les hommes hétérosexuels qui ont le dessus, et laissent Moira, pourtant beaucoup plus au fait des enjeux politiques, sur le banc de touche. Luke, parce qu’il est un homme et le mari de June, est mis de facto en position de force. Le champ est libre pour que les hétéros organisent la Résistance.

Moira, condamnée à faire de la figuration

Le personnage d’Emily est un autre exemple particulièrement criant de cette invisibilisation progressive. Dans la saison 1, elle est celle qui initie June à la Résistance. Professeure d’université, mariée à une femme et mère d’un petit garçon, elle est réduite en esclavage par Gilead et devient une Servante, Deglen. Elle est dans la saison 1 très engagée dans un groupe de résistants, Mayday, et c’est elle qui donne à June le goût de la révolte. Mais dès le début de la saison 2, elle est envoyée aux Colonies, puis atterrit chez un Commandant particulièrement sadique. Elle va en somme de tortures en tortures. Son personnage n’apparaît à l’écran qu’en position de souffrance. Si elle est la seule à se rebeller violemment contre le régime – elle tue un Gardien, frappe le Commandant qui la violait, empoisonne une Epouse aux Colonies parce qu’elle la considère comme complice des viols des Servantes – ses actions n’ont aucun impact sur l’intrigue. Emily est pourtant une femme forte et courageuse, habitée par l’espoir de voir Gilead tomber, mais elle n’est encore une fois dépositaire d’aucune véritable puissance d’agir, à la différence de Nick, qui parvient à faire évader June à deux reprises. Elle est réduite au background, condamnée à aller d’horreurs en horreurs sans jamais agir réellement. Les seuls personnages dépositaires d’une véritable puissance d’agir sont Nick (un homme hétérosexuel, très attaché à l’idée de famille et niaisement protecteur) et June, l’héroïne. Les personnages de femmes lesbiennes sont donc au mieux invisibilisées, au pire de perpétuels objets de torture. L’invisibilisation de l’homoparentalité est un autre symptôme de l’homophobie latente de la série. En effet, si comme le dit le site féministe libéral Madmoizelle.com, « La Servante écarlate est une série sur la maternité sous toutes ses formes », comment se fait-il qu’aucun flashback ne présente la vie de famille d’Emily ? Sa femme et son fils ne sont présents que dans une seule scène de la saison 1, où ils tentent de fuir au Canada et où Emily est séparée d’eux à l’aéroport. Elle ne peut pas suivre sa femme car elle n’est plus légalement considérée comme mariée à elle – et n’est donc plus légalement considérée comme la mère de son fils. Mais après cette scène, qui montre l’iniquité du régime de Gilead, ils ne réapparaissent plus jamais à l’écran. Ils s’évanouissent tout bonnement de l’histoire, qui se concentre sur les multiples souffrances d’Emily. Étrangement, les familles hétéroparentales (Luke, June et leur fille, Nick et June, les Waterford) sont au centre de l’intrigue, et l’accent est mis sur l’amour maternel des femmes hétérosexuelles. L’absence de développement, voire la suppression de la seule famille non-normée de l’histoire n’est évidemment pas un hasard. Comme si Emily, parce que lesbienne, ne pouvait pas véritablement être mère. Comme si sa famille, parce que formée autour d’un couple homosexuel, n’avait ni poids ni importance. Dans une série essentialiste centrée autour de la maternité, la disparition brusque de la seule famille homoparentale en dit long sur la conception qu’ont les showrunners d’un modèle familial viable.

Mais où est donc passée la famille d’Emily ?

Regarde les femmes saigner : sadisme et esthétisation de la violence

L’objectif ici est de montrer comment la saison 2 se construit sur des procédés horrifiques, et devient progressivement sadique et dépourvue de toute empathie pour les protagonistes. D’abord, toutes les tentatives de fuite des personnages se soldent par des échecs : June au début et à la fin de la saison, Eden (la femme de Nick) et son amant Isaac dans l’épisode Postpartum… June, tout particulièrement, est toujours rattrapée lorsqu’elle s’enfuit. Au-delà de provoquer une profonde frustration chez la spectatrice, ces échecs à répétition constituent un procédé horrifique, semblable à celui utilisé dans les films d’horreur. Le spectateur sait que la jeune fille va être capturée par le monstre, et le plaisir sadique qu’il éprouve découle de l’attente provoquée par la fuite. De même, on sait que June va être capturée de nouveau. C’est comme si ces courtes ruptures, ces brèves étincelles de liberté étaient là pour rendre l’horreur encore plus efficace. La série devient une perpétuelle chasse à l’homme (ou plutôt chasse à la femme), et ne se place jamais du côté de la Servante. Ce que la série cherche à provoquer, c’est le plaisir sadique du spectateur qui brûle de voir la proie de nouveau en cage. L’insistance sur la souffrance de June, sur sa fragilité – comme dans l’épisode Holly où June, pendant sa fuite, est filmée en plan d’ensemble, robe rouge dans la neige blanche, ou les interminables gros plans sur son visage en souffrance. Il en va de même pour les révoltes successives d’Emily, tentatives vaines (elle ne provoquent rien de tangible) qui se soldent toutes par des tortures de plus en plus violentes : elle est d’abord excisée, puis envoyée aux Colonies. Ce procédé horrifique place la Servante en position d’éternelle proie, et le spectateur voyeur peut ainsi se réjouir de sa souffrance. Et la spectatrice féministe, qui désire plus que tout l’émancipation de l’héroïne, en devient malade de frustration.

La saison 2 n’est qu’une interminable suite de sévices. June est torturée psychologiquement (on lui fait croire à son exécution), Emily est excisée puis envoyée aux Colonies, Deglen se fait trancher la langue, les Servantes se font brûler les mains pour avoir défendu Janine, Serena Joy est battue par son mari… Si dans la saison 1 ces sévices avaient un rôle légitime dans l’intrigue, qui était de montrer l’horreur du régime de Gilead, les perpétuelles violences de la saison 2 ne font qu’en rajouter dans l’horreur, gratuitement. La violence de Gilead est déjà connue, déjà démontrée, mais la saison 2 choisit de multiplier les sévices (exclusivement à l’égard des femmes), sans distance et sans que ça n’ait aucun impact sur l’intrigue. La violence à l’égard des femmes est montrée pour elle-même, sans conséquences, injustifiée, existant seulement pour satisfaire le plaisir sadique des réalisateurs et d’hypothétiques spectateurs.

June souffre encore…
… et encore

Ce n’est pas tout. Cette violence est également esthétisée au-delà de toute mesure. On ne compte plus les gros plans insistant sur la souffrance des femmes et les ralentis interminables durant les scènes de torture, souvent accompagnés d’une musique emphatique difficilement supportable. Le viol de June par Fred Waterford dans l’épisode The Last Ceremony est interminable, au plus près des corps et ponctué d’une musique si lyrique que la scène en devient insoutenable. De même, on ne compte plus les gros plans sur le visage de June lors des tortures sans fin qu’elle subit. Il semble que l’esthétique de la série, qui était dans la saison 1 clairement du côté des femmes, n’est plus dans la saison 2 qu’une esthétique de la violence gratuite, un plaisir à filmer la douleur pour elle-même. La série devient alors purement sadique et non plus féministe, puisque l’empathie pour les femmes est inexistante. On pense à des réalisateurs comme Michael Haneke, qui prennent plaisir à filmer la souffrance de leurs personnages. Mais dans La Servante écarlate, seules les femmes souffrent, et jamais les hommes ne subissent aucune violence d’aucune sorte. Cette esthétisation est donc clairement misogyne, et d’une misogynie pernicieuse : utiliser un propos féministe pour esthétiser la souffrance des femmes est un procédé particulièrement crasse. C’est également une trahison pour les spectatrices, qui en lieu et place de la série féministe qu’elles attendaient, sont obligées de regarder une longue et insoutenable suite de tortures. On se demande d’ailleurs pourquoi, alors que les actions violentes des Servantes elles-mêmes ne sont jamais valorisées dans la série, les réalisateurs prennent un tel plaisir à filmer la violence des dominants. Apparemment, une femme qui souffre est plus esthétique qu’une femme qui se révolte.

À mon sens, cette trahison est injustifiable : utiliser un propos qu’on qualifie de féministe, et presque unanimement reconnu comme tel, pour satisfaire un plaisir misogyne et sadique ne peut être défendu. La saison 1, qui marchait dans les pas de Margaret Atwood, évitait cet écueil. Mais il semble que Bruce Miller soit à présent en roue libre, tout occupé à satisfaire ses fantasmes hanekiens, en évacuant allègrement toute idée de problématisation de la violence – et donc toute idée de féminisme.

Conclusion

Ce qui est navrant, surtout quand on regarde la saison 1, c’est que La Servante écarlate aurait pu être une bonne série. Dépeindre un monde dystopique dans le but de pointer les déviances de notre propre société occidentale peut, si c’est bien mené, s’avérer une entreprise intéressante. Mais la saison 2 est injustifiable et révoltante – le pire, sans doute, étant la manière dont elle a été encensée sans distance ni véritable questionnement. Affleure alors une question, plus effrayante encore que la série elle-même : quelle idée du féminisme avons-nous pour porter aux nues de pareilles horreurs ? Il faut que nous soyons bien borné.e.s pour voir en la deuxième saison de La Servante écarlate, insulte télévisuelle aux femmes, une fiction au propos révolutionnaire. C’est en cela que cette saison 2 est redoutable : en se posant comme une œuvre féministe, elle se départit de toute véritable problématisation. Le monde qu’elle dépeint est d’une horreur si marquée qu’il camoufle presque efficacement l’idéologie nauséabonde que la série véhicule, au grand malheur de la spectatrice. Une série qui veut filmer le malheur des femmes ne peut être mauvaise, non ?

Cessons alors de filmer le malheur des femmes. Cessons de nous goberger de leur souffrance. Et cessons, par pitié, d’y voir du féminisme. La République de Gilead a grand besoin d’un peu de ménage.


grr générique


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    J’ai dévoré la Saison 1 (pas parfaite mais très bonne)

    J’ai laché la 2 au 4eme ou 5eme épisode, après :

    Les inutiles scènes de torture gratuites interminables et pompiers de l’épisode 1 (la saison 1 est remarquable dans son rapport entre le peu de torture frontale et esthétisée face à l’horreur et la stupeur de ses conséquences)
    Le meurtre, non pas d’une "maitresse", mais d’une codétenue déjà condamnée à mort en camp de travail
    L’invention d’un perso de mère "féministe" qui seule en manque "d’amour maternel" de la série à pour dernier contact avec sa fille un discours culpabilisant car sa fille travail et est en couple (les FéMiNiStEs font ca je suppose)
    Le combo mémorial craftbooking et jogging pour surmonté l’horreur de se planquer dans un charnier, car les massacres politiques de masse doivent étre surpassés grace aux clichés du "temps pour soi" de la société de loisir.
    Le rapprochement en montage parallèle entre la culpabilité de voir des membres du reseau de fuite executés avec les sentiments ressentis face au harcelement de l’ex femme de son nouveau mari.

    L’impréssion de se faire cracher à la figure de manière voulu par l’auteur Bruce Miller. Révolté à chaque fois que j’y pense.
    Je suis un homme, mais ce n’est pas un féminisme libérale (que j’apprécie mal) que j’ai perçu mais un contre coup masculiniste volontaire ou inconscient particulièrement stupide et insultant (et chiant à regarder).

  • Ouah ! Merci pour votre analyse.
    J’avais vu le film de Schlöndorff adapté du roman, raison pour laquelle je n’ai pas voulu voir la série car j’étais très méfiante et j’attendais d’en avoir des échos.
    Je ne l’ai donc pas visionnée et je m’en félicite.

    Essayez de voir le film car les pièges de la série telle que vous la dénoncez me semble avoir été évités. Même si je ne le reverrai pas : une dystopie où les femmes sont dominées, torturées, utilisées, est-ce vraiment une dystopie ou simplement la réalité mise en forme de conte ?

  • Adopter un regard critique, politique et militant sur cette série me semble, au premier abord intéressant voire indispensable. Cela dit, un acharnement à décortiquer avec une grille de lecture politique ce qui reste un objet nord-américain de divertissement me parait un peu vain et conduit au final à lire et à faire dire à l’œuvre des choses auxquelles personne n’a pensé. Gare à l’exégèse à tout crin…
    Cela dit, je vous rejoins sur une part de vos remarques mais relève surtout un nombre relativement important non seulement d’erreurs factuelles sur le récit mais aussi, à mon sens, d’erreurs d’analyses politiques.
    Je ne reprendrais pas l’intégralité de ce (long) article. Je pointerais quelques points qui ont retenu mon attention.
    L’individualisme : Il est faux de dire que la série ne montre aucune entraide. Emily soutient Janine aux Colonies, Rita tache d’être bonne avec June, June se montre bienveillante avec Eden…La série montre au contraire comment le système libéral mais politiquement dictatorial (Gilead choisit la voie de l’économie libérale, comme les voyages de Waterford au Canada le montre ou les sanctions prises par l’Europe…) brise les solidarités et qu’il est bien difficile d’y résister : violence, collaboration, peur généralisée…Le réseau Mayday a été vaincu. Qu’attendiez-vous ? La question du rapport de force est posée et est clairement en défaveur des opprimés. On voit clairement que tout mouvement collectif est, pour le moment impossible, comme souvent dans les premiers temps des tyrannies. Il était naïf de croire que l’action d’Ofglen allait changer quoique ce soit. J’ajouterais que c’est un réseau de Marthas qui aide June s’enfuir au dernier épisode. C’est donc ici une action collective. Et évidemment que ces femmes n’ont pas de conscience de classe…Ca se passe aux US, en 2018...Pas grand-monde n’a du lire Marx ou Bakounine avant le coup d’Etat de Gilead.
    La maternité : il est aussi faux de dire que ‘’toutes’’ les servantes adorent l’enfant issu du viol. D’ailleurs, il n’y a que deux exemples, Janine et June. Janine n’a pas toute sa raison et le père de l’enfant de June est Nick…Votre développement ne me parait donc pas vraiment pertinent à ce sujet. Enfin, le commentaire sur Serena et son désir d’enfant. Oui, mais n’oublions qu’elle est elle-même une fanatique religieuse. Attendiez vous autre chose de sa part ?
    Sur Moira, autre erreur…Si elle a fréquenté le Centre Rouge, elle s’est enfuie avant d’être Servante. En revanche, elle se retrouve prostituée dans un lieu clandestin, ce qui aurait mérité sans doute un développement.
    Je vous rejoins par contre sur la multiplication parfois un peu superflue des scènes violentes. Cela dit, à l’inverse, on peut y voir une volonté de susciter l’empathie (et pas du tout du sadisme…) des spectateurs..
    Pour finir, je trouve que vous construisez toute votre critique à la fois sur une grille de lecture (ce que je ne peux qu’encourager) mais aussi sur un contrat de visionnage qui me parait tout simplement erroné. Taxer la série de féministe, de critique de notre société…est peut-être, tout bonnement, excessif ou faux. Voyeurisme des spectateurs ? Anti-féminisme ? Sadisme ? Homophobie ? Conformisme ? Bof. Oui, ce n’est pas une série sur un groupe révolutionnaire organisé, en marche (hum..). Mais oui, aussi, l’Histoire regorge d’actions individuelles désespérés, oui l’idéologie dominante brise les solidarités, oui, on se compromet pour sa survie. June n’est pas Sophie Scholl. C’est une fille sans histoire balancée dans un écroulement généralisé des valeurs humanistes. Ce n’est pas une héroïne. Y voir plus que ça peut tout simplement conduire à triturer le matériau pour, au final, pas dire grand-chose.

    Cordialement,

    • ’’Emily soutient Janine aux Colonies, Rita tache d’être bonne avec June, June se montre bienveillante avec Eden’’ Il n’y a aucun problème avec la représentation d’une entraide interindividuelle. La série regorge d’entraides individuelles de toutes sortes (ce que j’appelle les petites actions du quotidien) - d’entraides anecdotiques qui se bornent à apporter du réconfort. Mais l’entraide interindividuelle n’est ni l’entraide de groupe, ni la conscience de classe.

      ’’Oui, mais n’oublions qu’elle est elle-même une fanatique religieuse. Attendiez vous autre chose de sa part ?’’ Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Fred Waterford est aussi un fanatique religieux. A-t-il pour autant l’air de vouloir tout sacrifier pour être père ?

  • Bonjour. Avant de commencer mon commentaire, je tiens à préciser que j’ai lu le livre, vu l’adaptation cinéma et adoré les deux saisons de la série.

    Je suis d’accord avec une partie de votre analyse. Oui, la série (et surtout la saison 2) montre beaucoup plus la souffrance des femmes que celles des hommes. Oui, la saison 2 ne montre pas les femmes avec une conscience collective énorme. Oui, vous avez raison. Mille fois raison. Et s’il était question de la vie "réelle", je serais le premier à soutenir l’intégralité de votre article.

    Alors désolé, je vais certainement me faire occire par toutes les féministes du site, mais franchement, là, j’ai du mal à vous suivre.
    On parle bien d’une série dystopique, mettant en avant une dictature, avec des coutumes "piochées" dans la Bible (et dans l’obscurantisme le plus crasse, avouons-le) : la femme qui obéit à son mari coûte que coûte, l’homme tout puissant (etc).

    J’ai lu votre article deux fois, car la première, je me suis dit que votre propos était tellement simpliste que c’en était impossible.

    Alors oui, le monde qui nous est proposé dans la série, tant d’un point de vue éthique, moral, que féministe, est totalement intolérable. Mais c’est justement tout le propos de la série. On ne peut pas décrire un monde phallocrate au possible, dans lequel les femmes sont traitées comme des moins que rien, et en même temps les montrer combatives, avec une vraie conscience collective.

    Je vous cite : "La violence à l’égard des femmes est montrée pour elle-même, sans conséquences, injustifiée, existant seulement pour satisfaire le plaisir sadique des réalisateurs et d’hypothétiques spectateurs."

    Le plaisir sadique des réalisateurs et d’hypothétiques spectateurs ? Sans blague ? Je suis un homme, et je peux vous assurer que je n’ai pris aucune plaisir dans la vision de ces scènes. J’imagine que ces spectateurs sont uniquement des hommes, bien sûr.

    De même, oui, la violence est injustifiée, sans conséquence. Bien sûr. C’est un peu ça la dictature. Non ? Je vous invite à lire tous les livres parlant des déportations, des goulags, la violence est horrible, mais sans conséquence pour ses acteurs. Vous allez faire des articles dessus, aussi ?

    Votre article m’a fait pensé à un autre, que j’avais lu à l’époque de la sortie du film "Django Unchained". J’y avais lu un truc invraisemblable. L’auteur de l’article dénonçait le racisme véhiculé par le film, et le côté dégradant du film à l’égard des noirs. Pour moi, c’est du même acabit. Dénoncer le racisme envers les noirs concernant un film évoquant justement une période (horrible, bien entendu) pendant laquelle les noirs étaient réduits à l’esclavage, c’est aussi con que si les juifs s’étaient plaints concernant le traitement des juifs dans des films traitant de l’holocauste.

    Je vous re-cite : "C’est en cela que cette saison 2 est redoutable : en se posant comme une œuvre féministe, elle se départit de toute véritable problématisation. Le monde qu’elle dépeint est d’une horreur si marquée qu’il camoufle presque efficacement l’idéologie nauséabonde que la série véhicule, au grand malheur de la spectatrice. "
    Purée, vous allez ultra loin, quand même. Quelle idéologie nauséabonde la série véhicule-t-elle ? Bien au contraire, elle montre avec justesse ce qu’il pourrait se passer si des fondamentalistes religieux (quels qu’ils soient) s’emparaient du pouvoir. Pas mal d’articles américains comparent d’ailleurs le monde de la série avec ce que Trump est en train de faire aux USA (concernant le droit des femmes, notamment).

    Pour finir, je vous re-cite une dernière fois : "Cessons alors de filmer le malheur des femmes. Cessons de nous goberger de leur souffrance. Et cessons, par pitié, d’y voir du féminisme. La République de Gilead a grand besoin d’un peu de ménage."

    "La République de Gilead a grand besoin d’un peu de ménage".
    Appelez la production, et proposez-leur d’écrire la saison 3. Avec un commandeur humaniste, des femmes qui cognent les hommes sans s’en prendre une en retour. Avec les esclaves des Colonies qui se rebellent dès qu’ils ont mis un pied dans la zone contaminée. Avec également des homosexuels qui s’embrassent devant tous les commandeurs compatissants. Avec aussi des pâquerettes partout. Bref, changez cette excellente série DYSTOPIQUE en préchi précha insipide. Ou alors matez un épisode de "Docteur Quinn, femme médecin", ou même "la petite maison dans la prairie".

    Et par la même occasion, je vous invite donc à écrire d’autres articles sur des films intolérables.
    Tenez, sur 1984 par exemple : un film dystopique parlant d’une dictature dans laquelle les gens sont assez cons pour croire tout et son contraire, sans jamais se rebeller ni avoir une conscience collective, on est dans le thème. Désolé, ça ne concerne pas que les femmes, mais c’est dans l’esprit.

    Je suis navré pour le ton sarcastique de mon commentaire, mais franchement, on touche le fond du féminisme. A bon entendeur...

    • Premièrement, je tenais à m’excuser pour mon simplisme : votre intelligence masculine, si fine et si habile pour le concept, n’a sans doute pas pu souffrir ma simplicité toute féminine. La prochaine fois, en tâchant de respecter vos vœux, je ferai en sorte d’écrire quelque chose que vous puissiez valider, puisque vous savez parfaitement comment parler à la place de ceux et de celles qui ne le peuvent pas.

      Je vous invite, plus sérieusement, à relire certains de vos cours de lycée. On y parle d’une chose qu’on appelle le fond, et d’une chose qu’on appelle la forme. On y parle également de la différence entre l’intention et ce qui est effectivement montré. On peut y lire aussi que les images parlent, disent des choses tout autant que les mots, véhiculent des concepts qu’on peut interpréter. Cette interprétation, cher Bruno, se nomme l’analyse.

      Filmer quelque chose, le monter et le mettre en musique, ce n’est pas uniquement la bête transposition d’un objet. Autrement dit, filmer une chose ne signifie pas nécessairement qu’on la filme bien - je parle, évidemment, d’un point de vue politique et non poétique. C’est cette idée d’analyse, pourtant très à la portée de votre habileté conceptuelle, que vous ne semblez pas avoir saisi.

      Je peux répéter en des termes plus simples : on peut filmer des Noirs avec racisme, des Juifs avec antisémitisme... et des femmes, bien entendu, avec misogynie. Je dirais même, d’ailleurs, qu’il s’agit de la norme. Mais est-ce trop simpliste pour vous ?

      Allez au cinéma, lisez des livres, parlez aux personnes concernées. Vous comprendrez alors peut-être que le problème n’est pas de montrer les choses, mais la manière dont les choses sont montrées... La distinction vous fait mal à la tête ? Reprenez donc un peu d’aspirine.

      Je voudrais pour finir vous remercier d’avoir prouvé si efficacement la pertinence de ma démonstration. En effet, une réaction si épidermique, presque physique, ne peut signifié qu’une chose : j’ai touché juste, exactement là où je voulais toucher. Mon ’’simplisme’’, face à votre ignorance et à vos réflexes de dominant, a étrangement l’apparence de la clairvoyance.

      Cordialement,
      JM

  • je suis pas entièrement d’accord avec l’analyse critique de la série. quand on lit le livre, il est bien expliqué dedans pourquoi elles ne tissent pas de liens d’amitié. "c’est mon espionne et je suis son espionne". Elles ne savent pas en qui elles peuvent avoir confiance. ceci dit, dans la 2e saison, (alors que normalement ça se fait même avant dans le livre) on voit June lorsqu’elle retrouve Emily de retour des camps, se présenter "moi c’est June..." et elles font passer ainsi le mot... et on sent un rapport de force et un lien qui se crée entre elles toutes ! Pour moi, on sent quand même que les actes de résistances qu’elles mènent ne sont pas des actes individuels... par exemple, il y a bien quelqu’un qui aide June a sortir de l’hopital. il y a cette famille qui l’aide à se cacher. la maternité c’est également l’un des éléments essentiels, c’est l’une des causes du gouvernement "Gilead". alors évidemment qu’on va orienter beaucoup sur la maternité. mais on oublie que on leur enlève tout moyen de mettre fin à leur vie dans leur fichue chambre. malgré ça, certaines arrivent à se suicider et sont remplacées par d’autres servantes. Pour le rôle de Janine, Janine au départ est l’une des servantes les plus "respectueuse" et "fière" de son rôle de servante. faut pas oublier aussi que l’histoire départ a été publiée dans les années 80 et que les Etats Unis ont toujours été fort portés sur la religion, la famille, la non sexualité avant le mariage bla bla bla etc etc etc... donc faut prendre ça en compte aussi. On sort la série seulement maintenant parce que c’est "à l’ordre du jour" et que ça reflète relativement bien les retours en arrières que nos gouvernements font et pas seulement Trump.
    Et enfin, c’est pas une série "féministe", dans le sens "ouii luttons et revendiquons nos droits en tant que femmes". Mais c’est justement je pense un moyen de montrer qu’on est des femmes et que nos droits ne sont pas acquis pour toujours !!! qu’il faut continuer à rester vigilantes si on veut les garder. et qu’on est dans une période où on nous les retire petit à petit !

  • Bonjour, j’ai lu le livre de Margaret Atwood et vu la saison 1 de la série. Je n’ai pas vu la saison 2... et votre article ne me donne certainement pas envie de la regarder.

    Mais une chose m’intrigue : Margaret Atwood a-t-elle réagi à ce que vous considérez comme des déviations graves par rapport à son oeuvre ? Car "The Handmaid’s Tale" restera à jamais associé à son nom, et on ne se souviendra pas toujours que son livre ne recouvre que la première saison de la série.

    Aussi je me demande si au fond, une bonne partie des reproches que vous faites à la Saison 2 ne se trouvaient pas déjà dans la Saison 1 et même dans le livre, comme une certaine complaisance dans les tortures imposées aux femmes ou l’ode à la maternité... ainsi que le peu de place donnée à la révolte collective.

    Si on dénaturait mon oeuvre, je pense que je protesterais, et avec véhémence. Ce que ne semble pas faire Margaret Atwood. Simple fatigue ou accord quant aux axes développés ?

  • La critique est incisive et elle a parfaitement raison. C’est exactement ce que Margaret Atwood voulait montrer : le contrôle de la reproduction humaine poussée à son paroxysme. Mais l’auteure de l’article n’en parle pas en ces termes. Bien sûr il y a l’absence de solidarité dans la 2è saison, mais pas complètement, les manifestations au Canada forcent l’expulsion du couple Waterford du pays.
    Est-ce une télésérie libérale ? féministe ? Le débat n’est pas là, je crois. C’est certain qu’on aurait voulu une révolution mais ce n’est pas le but d’une dystopie. Il faudrait montrer la révolution russe en télésérie pour cela.
    Atwood a voulu montrer le sort réservé aux femmes dans un contrôle absolue de la reproduction humaine et c’est tout. On ne voit pas, si on veut pousser plus loin la critique de l’auteure, on ne voit pas d’autres femmes ou hommes qui produisent les biens et services, la classe ouvrière donc et leur possible révolte, parce ce n’était tout simplement pas le but.
    On est tous et toutes d’accord avec le malaise et la colère sourdre face aux tortures surtout que dans une dystopie il n’y pas de fin heureuse.
    Là où l’auteure aurait raison, c’est qu’on ne verra jamais la révolution russe qui a tant donné aux femmes, en télésérie, en tout cas pas sous notre régime capitaliste.

    • Je crois que lorsqu’on veut produire la critique (marxiste ou non) d’un objet culturel, l’analyse ne doit pas porter sur l’intention mais bien sur l’idéologie (qu’on peut qualifier d’inconsciente) véhiculée par ledit objet. Se reporter sans cesse aux intentions (réelles ou supposées) de l’auteur n’a d’autre effet que de produire une analyse qui tourne en rond, et qui ne décolle pas du ras des pâquerettes.
      P-S : Lisez Barthes !

  • Certaines de vos analyses sont intéressantes mais biaisées par plusieurs erreurs factuelles :

    1) L’enfant de June n’est pas né d’un viol mais de sa relation avec Nick ; par ailleurs vous oubliez que June met du temps avant de s’attacher à ce (futur) bébé, elle fait d’ailleurs une tentative de fausse couche au moment de son hémorragie (elle saute de sa fenêtre).

    2) L’épisode consacré à Emily et sa famille, qui montre la répression de l’homosexualité dans le milieu universitaire appartient bien à la saison 2 et non à la saison 1.

    3) June ne déclare sa flamme à Nick qu’une seule fois, dans l’ultime épisode de la saison 2, et non pas "une bonne dizaine de fois". Au contraire la relation reste pendant une longue partie de la série une relation qui oscille érotisme et soutien psychologique.

    Ensuite certaines de vos interprétations sont discutables.... Je suis d’accord avec vous sur l’effacement du personnage de Moïra, qui passe de figure forte à figure inutile (voire stupide ? Elle ne saisit même pas l’intérêt du paquet de lettres... Ce manque de clairvoyance ne lui ressemble pas). Par contre la considérer subordonnée à Luke, je ne vois pas pourquoi. Que fait Luke de plus qu’elle ? Au contraire, elle lui fait remarquer à plusieurs reprises son détachement ("tu ne veux pas savoir si elle est en vie ?") Ce n’est même pas lui qui a l’idée de publier les lettres, mais leur colocataire blonde. Pour moi, les deux personnages sont aussi inutiles l’un que l’autre dans cette 2e saison.

    De manière générale vos remarques pèchent par souci de rigueur et de subtilité... Beaucoup de détails nous restent inconnus et les personnages sont volontairement ambigus. Vous tendez à caricaturer certains traits et à balayer tous les effets d’ambivalence qui font tout le sel de la série. En caricaturant les personnages, vous les essentialisez plus que ne le fait la série elle même qui, au contraire, reste attachée à la complexité et à la nuance.
    Vous passez ainsi à côté des contradictions du personnage de Serena, je vous cite : "Pourtant, elle est complice des viols ritualisés qu’elle subit tous les mois et est présentée comme l’une des têtes pensantes du régime de Gilead qui l’a réduite en esclavage. Pour une alliée, c’est un peu fort de café." Oui, car considérer Serena comme une alliée est un grossissement qui vous empêche de comprendre le tiraillement de cette femme entre son désir d’être mère dans cette société qu’elle a imaginée, et les remises en question qu’elle commence à peine à envisager. L’ambivalence entre violence et complicité entre les deux femmes fonde toute la complexité de leur relation. À ce stade de la série, Serena n’est ni son alliée, ni son ennemie. Où peut être les deux à la fois. En tout cas, June n’a pas la naïveté de considérer Serena comme son alliée.

    Quant à la question de la violence, elle est là pour rappeler ce qu’est Gilead et précisément nous empêcher de nous habituer. Diminuer la fréquence de ces scènes présenterait le risque que le spectateur finisse par adopter la société de Gilead. Il est impératif de nous rappeler régulièrement à quel point cette société est inenvisageable...
    Tant que la série continuera à prendre place à Gilead, les scènes de violence seront nécessaires, car Gilead survit grâce à la répression et à la terreur, ce que nous ne devons jamais l’oublier.

  • J’ai lu le roman (passionnant lorsqu’on sait pourquoi l’histoire est ce qu’elle est et par quoi Margaret Atwood a été inspirée. J’ai regardé le film, trop vieux, pas assez moderne avec de vielle images. Puis j’ai découvert la série. Quelle claque ! Une des meilleures adaptations d’un roman . Et puis j’ai découvert un article https://la-servante-ecarlate.fr/le-... assez passionnant qui permet de découvrir un point de vue différent sur le sujet Dystopie-Féministe.

  • Ouf ! Enfin, je ne suis pas la seule à avoir abandonné en route cette perverse esthétisation de la souffrance !
    Merci pour cette analyse, j’en avais la nausée. J’espère que les recettes plongeront à partir de la deuxième saison, on ne peut pas s’intéresser à cette interminable histoire qui détaille complaisamment tout ce qu’on fait subir aux femmes sans ouvrir une seule fenêtre sur l’espoir.
    Merci d’avoir démystifié autant que démythifié une série fort prétentieuse et sur-vendue par les critiques télé.
    De l’air !

  • Très belle analyse du féminisme libéral ambiant qui récupère, s’approprie, violente et détruit toute idée et possibilité émancipatrice des mouvements féministes qui se respectent. Non seulement je suis d’accord avec votre critique pointue et intransigeante, mais je mettrai aussi la série 1 dans le même panier qui joue surtout sur le sensationnalisme de la dystopie plutôt que sur la prise de conscience. Bon, c’est une série télé, me direz-vous, restons les pieds sur cette pauvre terre. Les commentaires ci-dessous montrent parfaitement la nécessité de continuer à resister contre l’obscurantisme en chacun de nous. Merci !

  • Je ne suis pas certaine de comprendre le but de cet article.
    Mais j’aimerais bien contextualiser un peu les choses, parce qu’il me semble que l’autrice de ce billet a omis de parler de certains points.
    {}The Handmaid’s Tale est un roman écrit par l’autrice canadienne Margareth Atwood en 1985. Le roman parait alors que l’avortement n’est pas encore complètement légal au Canada (autorisé sous certaines conditions assez épineuses d’ailleurs). Les États-Unis ont pour leur part obtenu la légalisation de l’avortement en 1973 et depuis, la reconnaissance de ce droit est polarisée et contestée dans plusieurs États du pays. La question de l’avortement sous-entend à mon avis la question fondamentale du droit d’une femme sur son propre corps.
    La série ET le roman soulèvent très bien cette question, car ils montrent qu’aucune femme n’est libre de choix. La série a en soi pour thème central la dépossession. Dépossession du corps, de l’identité (les femmes deviennent la propriété des hommes) : ces thèmes traitent tous de l’objectification du féminin. Je tiens à le souligner puisqu’il me semble que le tout se mêle avec la violence faite aux femmes à travers, notamment, la deuxième saison. Plutôt que de l’avoir vu comme étant sadique et fantasmagorique aux yeux des spectateurs pervers, j’ai perçu la violence comme une autre forme de dépossession. Parce que la violence se manifeste de plusieurs façons : à travers les coups, les viols, les mises en scène sadiques (je pense à la première scène de la deuxième saison, lorsque toutes les servantes sont amenées devant la corde), la dépersonnification (Offred qui se voit coupée de sa vie, sa famille, son travail et même son nom), l’oppression, la division, etc.

    J’ai beaucoup pleuré lors des deux saisons. Les moments qui m’ont le plus touché étaient ceux dans lesquels les femmes étaient solidaires. Il y a beaucoup de ces moments dans la série et il ne faut pas l’oublier.
    Les moments les plus forts de la série reposent d’ailleurs sur ces regards complices, sur l’entraide et sur la camaraderie. Il faut cependant les replacer dans l’univers dystopique de la série, c’est-à-dire dans un climat politique totalitaire et masculiniste. Ces moments de rébellion, pour peu le soient-ils, représentent de la résistance. C’est de la solidarité et non de l’interindivualisme, à mon avis. J’ai en tête la scène de résistance lors de la lapidation : c’est un moment fort où toutes ensembles elles résistent à l’autorité pour sauver une des leurs.

    Enfin, je ne m’éternise pas trop, mais je tiens à dire que c’est féministe de vouloir montrer des figures féminines et des personnages féminins polarisants. Tous les personnages féminins de la série ont de quoi faire réagir, qu’elles soient lesbiennes, féministes, rebelles, mères, fanatiques ou autoritaires ! Et la représentation de tous ces visages, stéréotypés ou bien marginalisés, est en soi féministe parce qu’elle désarticule une image préconçue du féminin et la pousse à l’éclatement.
    Si on doit critiquer une oeuvre aussi intéressante au point de vue de l’analyse, je n’imagine pas le travail qu’il y a à faire sur Hunger Games, Fifty Shades et les gros noms du box office. La représentation du féminin au cinéma est encore un problème important et je ne crois pas du tout que La servante écarlate n’innove pas sur ce point.

    Ah oui et j’ai lu Barthes, Marx, Wittig, Héritier, Butler, Grosz, Foucault et bien d’autres alors ne me donnez pas de conseil de lecture svp ! Je crois même qu’une étude approfondie sur la discipline des corps seraient très intéressante pour la série. Mais bon. Bonne journée !