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Michael Angelo Covino / 2020

The Climb


>> Geneviève Sellier / jeudi 13 août 2020

Une misogynie tranquille entre copains


De et avec Michael Angelo Covino

The Climb est un film indépendant états-unien, c’est-à-dire à petit budget, d’un acteur-réalisateur-producteur, dont le titre (la montée) fait référence à la séquence d’ouverture : une petite route de montagne dans le Sud de la France, filmée avec virtuosité en plan séquence, où l’on suit deux hommes, Kyle (Kyle Marvis, co-scénariste) et Mike (Michael Angelo Covino, scénariste et réalisateur), en train de monter à vélo tout en discutant : Kyle doit se marier et son meilleur ami, Mike, lui annonce qu’il a couché naguère avec Ava, sa fiancée, mais que c’est fini… Malgré sa stupéfaction et sa colère, Kyle continue à monter et Mike, plus à l’aise, le précède suffisamment pour éviter les coups : mais au sommet du col, Kyle retrouve Mike en train de se faire tabasser par un automobiliste dont ils ont gêné le passage en pédalant de front. On les retrouve à l’hôpital où le blessé se fait examiner : rien de grave, que des bleus, dit le médecin français (qu’ils ne comprennent pas). Pendant que Kyle s’éloigne avec le médecin, arrive la fiancée française, incarnée par Judith Godrèche, à qui Mike apprend qu’il a révélé à Kyle leur liaison et qu’il l’aime toujours. Ils s’embrassent alors que Kyle entre dans la pièce…

La séquence suivante se passe dans un cimetière aux États-Unis où l’on retrouve Mike en train d’enterrer sa femme, dont on voit la photo à côté de la tombe : c’est Ava/Judith Godrèche ! On comprend alors que c’est Mike qui a épousé la fiancée de Kyle, ce qui a causé la rupture des deux amis.

La suite est à l’avenant, avec des épisodes séparés par des ellipses importantes, sur le thème des manipulations de Mike pour empêcher Kyle de convoler…

Dans un style poético-burlesque qui a été généralement apprécié par la critique française (il y a un hommage à Pierre Etaix via une séance de cinéma à laquelle assiste Mike), The Climb, dont le scénario est écrit par les deux acteurs principaux, Michael (Mike) Angelo Covino et Kyle Marvin, célèbre l’amitié indestructible des deux vieux copains (les deux acteurs ont la quarantaine bien tassée) régulièrement menacée par les femmes.

Judith Godrèche, qui fut naguère l’égérie de Benoit Jacquot (de 25 ans son aîné), puis en tête d’affiche de films de Doillon, Assayas et Leconte, a également joué pour Sophie Marceau, Tonie Marshall et Cécile Télerman ; après avoir elle-même réalisé un film, Toutes les filles pleurent (2008), qui a été un échec, elle va tenter de faire carrière aux États-Unis, sans grand succès apparemment. Elle est l’une des 93 femmes qui ont déclaré en 2017 avoir été agressées sexuellement par Harvey Weinstein. On est triste de voir à quel rôle elle est réduite dans The Climb : sa présence se résume à une scène de deux minutes avec Covino (elle parle un anglais parfait), aussitôt suivie par l’enterrement de son personnage : on ne saurait être plus expéditif ! Née en 1972, elle approche la cinquantaine (qu’elle ne fait pas du tout, contrairement à son partenaire masculin) : est-elle déjà dans la zone fatale du « Tunnel des 50 ans » ?

La seconde fiancée de Kyle, dont le rôle est plus conséquent, témoigne de la même misogynie : Marissa (l’actrice britannique Gayle Rankin n’a que trente ans) est montrée comme une femme très déterminée à se faire épouser, malgré les réticences de la mère de Kyle (abusive évidemment…) et les manœuvres diaboliques de Mike (qui tente de coucher avec elle quand il apprend qu’elle est fiancée avec son ami). Quand Mike quelques mois plus tard vient interrompre la cérémonie religieuse pour s’opposer au mariage, elle crie qu’elle est enceinte pour lever les hésitations de Kyle. Mais quelques mois plus tard, alors que le bébé est né et semble rendre Kyle heureux, c’est elle qui contacte Mike, devenu réparateur de vélos, en lui disant qu’il manque à Kyle. Quelques années plus tard (l’enfant a 7 ou 8 ans) la séparation du couple se fait sans cris et sans commentaires, comme une évidence… La pratique du vélo, que les deux copains transmettent au jeune fils de Kyle dans l’épilogue, devient la métaphore d’une amitié masculine indestructible qui exclut les femmes, heureusement !

Ce film indépendant témoigne d’un sexisme totalement décomplexé alors que la plupart des blockbusters hollywoodiens aujourd’hui font attention à traiter les rôles féminins d’une façon moins discriminatoire… Aux États-Unis, la culture de masse serait-elle moins sexiste que le cinéma d’auteur ?


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