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Lisa Azuelos / 2019


Mon bébé : qui dira le bonheur d’être mère ?


>> Geneviève Sellier

vendredi 15 mars 2019


Dix ans après LOL, avec Sophie Marceau et Christa Théret, le plus gros succès de la décennie pour une réalisatrice française, Lisa Azuelos remet ça, exploitant à nouveau un filon apparemment autobiographique (elle a eu trois enfants avec le réalisateur Patrick Alessandrin dont elle a divorcé au bout de 11 ans de mariage). Mais pas sûr que Mon bébé soit un nouveau blockbuster…

Pourtant, il y a beaucoup de points communs entre les deux films : Sandrine Kiberlain a comme Sophie Marceau un métier flatteur (elle dirige un restaurant, l’autre était architecte d’intérieur) dont on ne voit à peu près rien dans le film. Elle vit en plein Paris dans un grand appartement bourgeois avec ses trois enfants, sans avoir le moindre souci d’argent (l’engueulade au téléphone avec son ex (Yvan Attal) au sujet des frais de scolarité de leur fille Jade est purement symbolique ; finalement c’est le grand-père (Patrick Chesnais) qui paiera) ; la réalisatrice a adopté un montage court qui est censé nous transmettre sa vie trépidante et pleine (et tout ça sur une musique entraînante…) ; mais beaucoup plus encore que LOL, Mon bébé est totalement centré sur le lien fusionnel de la mère avec sa petite dernière qui passe son bac et s’apprête à partir au Canada faire ses études supérieures (ben voyons !).

Sandrine Kiberlain met tout son talent – il est grand –, et toute sa fantaisie, pour nous communiquer le bonheur d’être mère… quelques flash-backs réactivent en images d’Épinal les grands moments de la grossesse, la naissance, le maternage, etc.

Le moment du divorce (on comprend qu’elle met le père dehors parce qu’elle en a marre qu’il la trompe) se résume à un petit déjeuner familial où il tente d’inverser les torts. Elle se contente de quitter la pièce.

Tout le reste de sa vie est raconté sur le mode « quel bonheur d’avoir des enfants » jusqu’à l’écœurement… Elle couche bien avec un mec de temps en temps, mais c’est tellement dérisoire quand on a le bonheur d’être mère…

Et ce dévouement paye puisque les trois enfants (deux filles et un garçon) sont des amours avec leur mère (la crise d’adolescence, ça n’existe visiblement pas dans ce monde, ni aucun des soucis que peuvent rencontrer les adolescents aujourd’hui, même dans un milieu privilégié). Ils fument et boivent bien un peu, mais rien de grave… et quand Jade fait l’amour pour la première fois, c’est avec un copain de son frère et ça se passe « super bien » !

À force de vouloir créer de l’empathie avec son personnage de mère fusionnelle, Lisa Azuelos aboutit (pour les personnes – nombreuses – dont la vie de parents n’a rien à voir avec ce feel-good-movie) au résultat inverse : fuyons cet univers rose bonbon ! Vive le monde réel plein de contradictions et de frustrations !

Et d’un point de vue féministe, cet hymne à la maternité a quelque chose de profondément régressif…


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