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Bong Joon Ho / 2019


Parasite : un hymne au patriarcat


>> Geneviève sellier

dimanche 16 juin 2019

Quitte à apparaître comme rabat-joie, je ne partage pas l’enthousiasme délirant de la presse devant la Palme d’or 2019. (spoiler)

Le côté grand guignol me gêne : à force de retournements de plus en plus gores, la thématique des inégalités sociales abyssales disparaît derrière les coups de théâtre à répétition.

Et il me semble que la multiplication des péripéties se fait aux dépens de la construction des personnages : autant dans la famille des riches que dans la famille des pauvres, aucune nuance, aucune évolution. Les personnages n’ont aucune épaisseur psychologique, aucune complexité. Mais pour autant, les assignations genrées sont bien là. Si le réalisateur a fait monter sur le podium l’acteur principal, c’est parce que la figure du pater familias est constamment valorisée dans ce film, et en particulier par le fils qui devient la voix du narrateur à la fin du film. L’épine dorsale de l’histoire, à côté de la lutte à mort des pauvres contre les riches, c’est le rapport père-fils dans la famille pauvre. En effet, si ce sont les pauvres qui mènent le récit, c’est surtout, dans la famille pauvre, le fils et le père. La mère et la fille exécutent les plans masculins (brillamment pour la seconde, mais c’est elle que le film sacrifie à la fin).

Les deux mères se définissent entièrement par leur rôle nourricier, par le care, surtout la mère riche qui est présentée comme « simple et gentille », c’est-à-dire idiote : c’est en effet grâce à sa crédulité que les quatre membres de la famille pauvre parviennent à occuper des postes stratégiques dans la maison : si le premier déclic vient d’un membre extérieur de la famille, le copain étudiant du fils qui part en voyage et lui demande de le remplacer comme répétiteur de la fille adolescente, ensuite le fils (pauvre) n’a aucun mal à persuader la mère (riche) qu’il connaît une artiste qui pourra développer les talents en dessin du petit dernier ; puis c’est la fille (pauvre) qui en laissant son slip dans la voiture qui la ramène chez elle après sa leçon, parvient à faire licencier le chauffeur et à le faire remplacer par son propre père ; enfin le fils (pauvre) ayant compris que la gouvernante est allergique à la peau de pêche, organise son licenciement avec la complicité de sa sœur et de son père, en faisant croire à la mère (riche) qu’elle est tuberculeuse. Et c’est la mère (pauvre) qui se fera embaucher à sa place.

La mère riche se caractérise par sa soumission totale au patriarcat : elle a une dévotion pour son fils qui confine au grotesque et néglige sa fille (quand ils reviennent de week-end, elle propose à son fils et à son mari de partager le plat mitonné par la gouvernante, mais « oublie » sa fille). Elle est totalement soumise à son mari à qui elle cache la tuberculose supposée de la gouvernante, par crainte de se faire tuer… Le mari lui-même est présenté comme un parfait « breadwinner » qui « aime » sa femme bien qu’elle soit incapable de s’occuper de la maison : il suffit qu’elle s’occupe des enfants et soit agréable à caresser (il a les moyens de payer une gouvernante pour accomplir les tâches subalternes). Lui-même consacre toute son énergie à la maison à jouer avec son fils.

Il faut également mentionner la troisième famille, celle qui est formée par la gouvernante et son mari caché dans la cave, celle où la femme a le plus d’initiative, exclusivement au service de son mari.

Mais le vrai héros de l’histoire (incarné par l’acteur avec qui le réalisateur partagera la Palme), c’est le père de la famille pauvre, dont le film entreprend la progressive valorisation : en effet dans la première séquence, il semble passif (dans l’entresol où habite la famille, sa femme le bouscule alors qu’il semble dormir, parce que les enfants n’arrivent plus à capter le wifi des voisins) mais c’est déjà lui qui a l’idée de capter un autre wifi près du plafond (au-dessus de la cuvette surélevée des wc, détail sordide qui sera exploité avec un mauvais goût très sûr à la fin…). Et peu à peu c’est lui qui fomente, avec la complicité de son fils, les plans diaboliques destinée à les sortir de la misère. Plus l’histoire se développe et plus le père prend de l’importance. Jusqu’à la scène d’orgie qui donne lieu à une pulsion aussitôt refoulée, quand il fait mine d’assassiner sa femme, avant que cette tentative n’avorte dans un grand éclat de rire. Cette version noire de la puissance paternelle est aussitôt enterrée mais on peut y voir une sorte d’aveu involontaire du film sur la vraie nature du pouvoir patriarcal.

La dernière partie du film est révélatrice du privilège accordé aux liens masculins. Après le crime (on n’en précisera pas le détail), on retrouve le fils sur un lit d’hôpital, désormais dans un rôle de narrateur, qui raconte sa guérison, le procès fait à lui et sa mère, leur libération avec sursis, et sa recherche de son père porté disparu. Il finit par le retrouver et c’est leur lien que le film finalement consacre, dans une scène aussi émouvante qu’invraisemblable autour de l’usage du morse (on n’en dira pas plus). La fille est morte et la mère est devenue complètement accessoire… (le film ne se donne même pas la peine de nous dire ce que sont devenues les femmes de la famille riche).

Le fait que la société sud-coréenne soit fortement patriarcale et machiste n’est un secret pour personne, et ce film en témoigne, sur un mode empathique qui relativise fortement sa critique sociale…


>> générique


Polémiquons.

  • Je partage votre point de vue. Le film m’a amusé, sans plus, et sa fin m’a laissé perplexe. Ce qui apparaissait comme une farce outrancière se mue soudain en quasi film d’horreur... De plus, j’ai personnellement trouvé qu’il ressemblait un peu (beaucoup) aux films "Dans le Maison" et "Mort un DImanche de Pluie"... Bref, une palme d’Or bien pauvre.

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