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François Ozon /2020

Été 85


>> Geneviève Sellier / dimanche 9 août 2020

Une initiation gay ambiguë

Une voix off, celle du jeune protagoniste, raconte l’histoire qui se passe, comme le titre l’indique, à l’été 1985, quand le narrateur a plus ou moins l’âge du cinéaste François Ozon, né en 1967. Situé dans la petite ville balnéaire du Tréport, le film raconte la rencontre du narrateur, le jeune lycéen Alexis, âgé de 16 ans, avec David, de quelques années plus âgé. Le récit est rythmé par de fréquents allers et retours entre le présent d’une enquête policière et judiciaire autour du suicide de David (on comprendra plus tard qu’Alexis s’est rendu coupable d’avoir « profané » sa tombe), et le passé proche de leur rencontre.

La dimension autobiographique semble forte : « François Ozon confie avoir lu le roman de Chambers à l’âge de 17 ans, et ‘adoré’ au point d’envisager d’en faire l’adaptation pour son premier long-métrage, si d’aventure il se lançait dans le cinéma. »

La rencontre des deux jeunes gens, à la faveur du naufrage du petit voilier sur lequel s’est aventuré Alexis un jour d’orage, a tout d’un miracle : David surgit avec son propre voilier, le ramène à bon port, l’emmène chez lui pour le sécher, le réchauffer, le nourrir, avec la complicité de sa mère (Valeria Bruni-Tedeschi). Le charme irrésistible de David (Benjamin Voisin) (bouche sensuelle, sourire éclatant, chemisette sans manches largement ouverte sur un torse d’éphèbe, jean serré, moto étincelante qui roule à tombeau ouvert) ne tarde pas à vaincre la timidité d’Alexis (Félix Lefebvre) d’abord incrédule puis ébloui par l’intérêt que lui porte son aîné. Après le ravissement de leur première nuit, David lui fait promettre que celui qui survivra à l’autre ira danser sur sa tombe. Leur rencontre amoureuse va pourtant tourner très vite au vinaigre, quand David entreprend de séduire sous les yeux d’Alexis la jeune amie anglaise de celui-ci. Ils ont une explication orageuse où David apparaît comme un redoutable séducteur, toujours en quête de nouvelles conquêtes par peur de s’ennuyer. Affreusement blessé, Alexis rompt et se réfugie chez ses parents (Isabelle Nanty incarne sa mère). Il apprend un peu plus tard que David a eu un accident mortel à moto et a laissé une lettre exprimant son désespoir de la rupture avec lui. Banni par la mère de David, Alexis tente d’accomplir la promesse qu’il a faite à son amant, seul moyen de supporter sa culpabilité. Il sera arrêté en train de piétiner en dansant la terre encore fraîche de la sépulture de David. Mais David est juif, ce qui aggrave le délit d’un soupçon d’antisémitisme. Alexis s’enferme dans le silence et n’en sortira que grâce à l’aide de son professeur de français (Melvil Poupaud) qui a remarqué son talent et l’incite à écrire son histoire.

Comme André Téchiné qui avait attendu 25 ans de carrière et 12 films pour raconter ses premiers émois homosexuels dans Les Roseaux sauvages, sorti en 1994, François Ozon qui appartient pourtant à la génération suivante, nettement moins en butte à l’homophobie, même si le milieu du cinéma n’est pas le plus ouvert en la matière (Serge Daney a témoigné qu’il cachait son homosexualité quand il était critique aux Cahiers du cinéma), a attendu 22 ans et 18 films pour proposer le même type de récit, qui n’est pas directement autobiographique, puisqu’il se présente comme l’adaptation du roman d’Aidan Chambers, Dance on My Grave (publié en 1982). La critique française, qui a rarement un regard critique sur les films d’Ozon, est cette fois-ci plus tiède. Le Figaro titre sa revue de presse du film : « Bouleversant ou peu rafraîchissant, la critique passe un Été 85 en demi-teinte ».

On est un peu étonné·e que François Ozon, qui a rendu publique son homosexualité depuis longtemps, choisisse de raconter cette histoire où l’initiateur apparaît sous des dehors quelque peu diaboliques. On peut trouver regrettables les connotations perverses associées à ce personnage de séducteur compulsif, on peut même dire de prédateur. Alors que le jeune Alexis est « normalement » attiré par les filles (c’est lui qui amorce d’abord un flirt avec la jeune Anglaise), il en est « détourné » par ce « sauveur » beaucoup trop avenant pour être honnête. Et la promesse que David impose à Alexis au lendemain de leur nuit d’amour, paraît aussi incongrue qu’abusive. Par ailleurs, la judéité de la famille de David dans la petite ville du Tréport où sa mère tient un magasin d’articles de mer, brouille encore un peu plus le message, et on ne voit pas à quoi elle « sert », sinon à aggraver le délit dont se rend coupable Alexis pour accomplir sa promesse. De plus, la mère de David, incarnée par Valeria Bruni-Tedeschi, manifeste une complaisance vis-à-vis de son fils qui met mal à l’aise : la façon dont elle accueille Alexis, la dernière conquête de son fils, les soins dont elle l’entoure, les remarques qu’elle fait sur son anatomie intime, font penser au comportement d’une mère maquerelle en train d’attirer une nouvelle recrue. Enfin, le suicide à moto de David est complètement incohérent avec son comportement dans les scènes précédentes où il a clairement signifié à Alexis que leur histoire était terminée.

Fallait-il vraiment attendre si longtemps pour faire un film aussi ambigu ?


>> générique


Polémiquons.

  • Je suis allée voir le film il y a quelques jours, il n’y a aucune mention de lettre de suicide de David, dont la mort est toujours considérée comme un accident. De plus, Alexis n’a jamais engagé de flirt avec Kate...

    De plus, que dire de la scène grotesque de travestissement d’Alexis en femme pour aller voir le corps de David ?

    Avez-vous confondu les éléments du livre et celui du film ?

  • I think the Jewishness of David and his mother is more important to the deeper meanings of the film than we at first realize. David seems to suffer from an incurable sorrow ; and his mother’s shocking insistance that Alexis strip naked in front of her (five minutes after she meets him) suggests some kind of acting-out of trauma. Alexis’ morbid preoccupation with the materiality of death also contributes to the film’s themes of mourning and melancholia explored in Ozon’s treatment of his Jewish characters.

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