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Sandra Laugier, "Nos vies en séries"


Sandra Laugier
Nos vies en séries. Philosophie et morale d’une culture populaire
Climats, Flammarion, 2019

Sandra Laugier a popularisé et commenté en France les œuvres du philosophe américain Stanley Cavell sur le cinéma [1], et son dernier ouvrage sur les séries télévisées est largement inspiré de cette approche du cinéma comme expérience morale. Il s’agit de prendre acte d’une démocratisation culturelle qui a commencé avec le cinéma et qui continue aujourd’hui avec les séries télévisées, dans une perspective opposée à celle de l’élitisme critique inventé par la cinéphilie française façon Cahiers du cinéma, où le discours critique vise à se distinguer de l’expérience commune du cinéma, celle des spectateurs/trices ordinaires qui éprouvent les films ou aujourd’hui les séries comme des leçons de vie.

Sandra Laugier se situe plus largement dans le courant des cultural studies et des gender studies qui depuis une quinzaine d’années en France, avec vingt ans de retard sur les pays anglophones, prennent au sérieux le cinéma populaire – et la télévision – et leurs publics.

Au lieu de construire une figure largement fantasmatique d’auteur démiurge dont les œuvres manifesteraient le génie solitaire, et dont le critique se promeut comme l’exégète, ce livre montre toute l’importance des personnages des séries, comme porteurs d’une morale à laquelle se confrontent les spectateurs/trices pour construire leur propre rapport au monde et aux autres.

Après des chapitres « théoriques » (mais parfaitement lisibles) qui exposent en l’illustrant la conception philosophique que Cavell défend du cinéma, et dont Laugier montre la pertinence pour parler des séries aujourd’hui, le livre reprend les chroniques philosophiques qu’elle a écrites mensuellement pour Libération ces cinq dernières années, en prenant comme matériau les séries (surtout américaines mais pas seulement).

On retrouve, regroupés thématiquement, les personnages et les histoires qui nous ont fait aimer des séries aussi différentes que Buffy contre les vampires (Buffy the Vampire Slayer), Urgences (ER), A la Maison blanche (The West Wing), 24 heures chrono (24), Sur écoute (The Wire), The Affair, American Crime, The Americans, Baron noir, Le Bureau des légendes, La Casa del Papel, Game of Thrones, Girls, La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale), Homeland, House of Cards, The Leftovers, This is Us, Twin Peaks, pour ne citer que les plus marquantes pour l’Sandra Laugier, chaque spectateur/trice étant libre de dessiner son propre panthéon…

Ce sont des questions sociales, éthiques et politiques que Sandra Laugier pointe à travers les apprentissages et les dilemmes que vivent les personnages des séries, en faisant chaque fois la démonstration que cette culture populaire fonctionne comme un laboratoire démocratique, un lieu d’éducation du/de la spectateur/trice, un lieu de discussion sur l’état de notre société, ses normes et leur franchissement possible.

Geneviève Selier

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[1Le cinéma nous rend-il meilleur ? Bayard, 2003 ; À la recherche du bonheur. Hollywood et la comédie du remariage, Vrin, 2017 ; Philosophie des salles obscures, Flammarion, 2011 ; La Projection du monde. Réflexions sur l’ontologie du cinéma, Vrin, 2019.