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Anne Fontaine / 2020

Police


>> Geneviève Sellier / samedi 12 septembre 2020

Des policiers ni racistes ni sexistes!


Trois flics se portent volontaires pour conduire un Tadjik à l’aéroport de Roissy, en exécution d’un arrêté d’expulsion. Anne Fontaine nous les présente brièvement dans leur vie plus ou moins calamiteuse à travers la journée qui précède cette mission. Quand ils embarquent dans la Kangoo pour aller chercher l’homme dans un centre de rétention en proie à un incendie, on a compris qu’Eric (Grégogy Gadebois) ne maîtrise plus rien de sa vie de couple, que Virginie (Effira), mère d’un enfant de 18 mois, n’a plus fait une nuit complète depuis sa naissance, et qu’Aristide (Omar Sy) a une liaison avec elle, mais l’oubli d’une pilule la contraint à se faire avorter le lendemain. Aucun des trois n’a envie de rentrer chez soi, raison pour laquelle ils acceptent cette mission qui ne relève pas de leurs obligations.

À la nuit tombée, on les retrouve dans la Kangoo de service pour aller prendre livraison de l’étranger, sur fond apocalyptique du centre de rétention en proie aux flammes. Le prisonnier tadjike ne comprend ni le français ni l’anglais (ce qui semble un peu invraisemblable pour un homme qui a dû traverser clandestinement le Moyen-Orient et tout le continent européen). Ils le menottent et l’embarquent en silence jusqu’à ce que Virginie ouvre l’enveloppe qu’elle doit transmettre à la police des frontières. Elle découvre que le Tadjik a été torturé dans son pays et que son dossier est en instance à la Cour européenne des droits de l’homme pour une demande d’asile. Elle tente de convaincre ses coéquipiers qu’il faut le laisser partir, mais les deux autres s’y refusent d’abord. On les suit tout au long du parcours vers Charles de Gaulle, ponctué de tentatives successives et vaines de le laisser s’enfuir (il semble totalement terrorisé, persuadé qu’on va l’abattre). À leur arrivée à Roissy ils assistent impuissants à la révolte du Tadjik qui se débat et hurle pendant que les policiers des frontières le ligotent comme un paquet pour le traîner jusqu’à l’avion. La suite (que je ne divulgâcherai pas) souffre d’invraisemblance.

De plus on a l’impression qu’Anne Fontaine ne sait pas comment finir son histoire, coincée entre un souci de réalisme (ce sont des flics qui font leur boulot, pas des justiciers) et son empathie avec ses quatre personnages. De retour au commissariat, chacun des policiers va retrouver ses soucis et sa solitude. Mais la nuit a permis à Virginie et Aristide de se parler et il décide de l’accompagner à la clinique le lendemain…

Le film a donné lieu à polémique sur les réseaux sociaux parce qu’Omar Sy a accepté d’incarner un « gentil » flic alors même qu’il dénonce les violences policières. Et effectivement, on ne peut s’empêcher d’éprouver un certain malaise face à ce portrait somme toute sympathique de flics ordinaires confrontés à toutes les misères sociales (violence conjugale, infanticide, mais aussi une descente contre des dealers qui prend une allure ludique tout à fait gênante).

Dans ce commissariat, le racisme et le sexisme ne semblent pas exister… Aristide est un joyeux drille qui fait des fautes d’orthographe dans ses rapports mais c’est un bon flic sur le terrain… et ses remarques sexistes « pour rigoler » sont neutralisées par son histoire d’amour avec Virginie, filmée sur un mode romantique. On peut par ailleurs regretter que la vie familiale de Virginie soit expédiée par une très courte séquence de bébé qui pleure au petit matin : on a du mal à croire qu’une mère d’un enfant de 18 mois puisse déserter si facilement le domicile familial, comme le suggèrent ses rendez-vous avec Aristide et son volontariat pour une mission nocturne.

Anne Fontaine a privilégié les gros plans pour nous faire partager l’état d’esprit de ses personnages, et même Grégory Gadebois qui semble particulièrement enfermé dans ses préjugés, se révèle finalement un « brave type », alcoolique mal guéri, aussi paumé que les autres.

Est-ce que ce film fait avancer la lutte contre les violences policières et le racisme systémique de ce milieu ? Est-ce qu’il dénonce efficacement la politique de plus en plus restrictive de la France sur le droit d’asile ? On peut en douter…


>> générique


Polémiquons.

  • Bonjour ! Je lis qu’il est invraisemblable que le Tadjik ne parle ni français, ni anglais. En fait de Tadjik, il doit plutôt s’agir d’un Afghan venu du nord-est de son pays. Je peux témoigner qu’ils sont nombreux à ne connaître ni l’anglais ni le français, et que leur itinéraire (hors Proche-Orient, sauf l’Iran - ils évitent Irak et Syrie !) n’est pas à même - en auraient-ils l’envie, les moyens et le temps - de se mettre à l’anglais ou au français. Quant à leur parcours en Europe (Grèce-Italie, ou pays de l’ex-bloc de l’Est puis Autriche, Allemagne ou Italie), il est suffisamment chaotique pour ne pas se mettre à l’apprentissage des langues... Ceux qui parlent anglais, c’est qu’ils l’ont appris dans leur pays : une sorte d’élite. Si toutefois le Tadjik du film (film que je n’ai pas vu) vient du Tadjikistan, il est probable qu’il est passé par la Russie, ou par l’itinéraire des Afghans.

    Je me permets ces précisions non pour vous adresser un quelconque reproche, mais pour remarquer que la question de la migration est sans doute, dans le film, un prétexte à s’intéresser aux flics. Pas terrible, comme objectif ! Avec à la clef une instrumentalisation des migrations. Quelle légèreté !

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