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Le Retour du héros

Laurent Tirard / 2018

>> Geneviève Sellier  

Publié le dimanche 25 février 2018




Cette comédie en costumes Empire (le premier) se laisse voir sans ennui parce qu’elle met aux prises un Jean Dujardin égal à lui-même, c’est-à-dire déployant une masculinité aussi dérisoire que satisfaite d’elle-même, avec Mélanie Laurent qui possède toute l’intelligence d’une héroïne de Jane Austen.

D’un côté le capitaine Neuville, un officier qui part en 1809 rejoindre l’armée de Napoléon en Autriche, en laissant Pauline, sa fiancée, désespérée, de l’autre Élisabeth, la sœur aînée de Pauline, dont l’imagination fertile va pallier l’absence du fiancé oublieux, en fabriquant par ses lettres échevelées un héros de roman qu’elle finit par « tuer » pour permettre à sa jeune sœur trop naïve de faire un mariage plus tranquille avec un gentil voisin. Mélanie Laurent est irrésistible en jeune femme émancipée qui utilise sa plume pour sauver l’harmonie familiale, et qui se retrouve prise à son propre jeu quand l’officier, non pas mort mais déserteur, revient, prêt à tout pour regagner la faveur des notables locaux.

Le film peut être vu comme une variation burlesque sur Le Retour de Martin Guerre (1982), où la femme, au lieu d’être une épouse amoureuse, tire les ficelles comme une géniale marionnettiste.

La silhouette menue et le visage aigu de Mélanie Laurent conviennent parfaitement à ce personnage de femme intelligente capable de se tirer de tous les pièges que lui tend l’escroc séducteur.

On peut cependant regretter certaines faiblesses de scénario : la séquence presqu’à la fin du film où le capitaine Neuville quitte ses habits d’escroc pour raconter avec émotion la boucherie que fut la bataille d’Essling qui l’a amené à déserter, s’accorde mal avec le début du film où il est d’emblée présenté comme un matamore. Même incohérence à la fin où le « héros », après avoir décidé de fuir le danger avec sa lâcheté ordinaire (les Cosaques seraient arrivés jusqu’en Bourgogne en 1812, en réalité c’est en 1814, mais on n’est pas à deux ans près dans une comédie !), alors qu’Élisabeth reste pour organiser la résistance de la maisonnée, fait face, seul, à un régiment de Cosaques qui chargent sabre au clair !

Par ailleurs, le personnage d’Élisabeth n’est pas toujours exempt des stéréotypes misogynes qui gangrènent notre culture : quand le capitaine la demande en mariage pour éviter d’avoir à avouer son escroquerie, elle fait une crise d’hystérie à laquelle son père met fin en l’envoyant se calmer dans sa chambre. Cet épisode est tout à fait incohérent avec l’image d’intelligence et de ruse sur lequel le personnage est construit.

De même on apprécie modérément la gifle conjugale (du mari de Pauline, jusque-là présenté comme un « toutou ») qui met fin à l’épisode du duel, même si elle est « justifiée » par les pratiques SM que ladite Pauline semble apprécier.

En revanche, la façon dont Élisabeth casse à plusieurs reprises les velléités romantiques du capitaine est réjouissante.

Cette comédie en costumes réactive une tradition du cinéma français qui a fait ses preuves, depuis au moins Caroline chérie (1951), film qui a fait de Martine Carol une star, en passant par Fanfan la Tulipe (1952), le plus gros succès de Gérard Philipe, Cartouche (1962) et Les Mariés de l’an deux (1971), où caracole Jean-Paul Belmondo. Mais l’intérêt de ce Retour du héros est de prendre à contrepied ce qui fait le fonds de commerce de ces trois films, l’apologie d’une masculinité conquérante où les femmes sont tout au plus des faire-valoir. Contrairement à Belmondo, Jean Dujardin reste (presque) jusqu’au bout un don juan aussi matamore que lâche et c’est Mélanie Laurent qui mène la danse. Le féminisme est passé par là.

grr générique


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