Accueil > Films en salle > Hostiles

 

Hostiles

Scott Cooper / 2018

>> Geneviève Sellier  

Publié le mercredi 21 mars 2018





Ce film indépendant dont le budget est relativement modeste (40 millions de $) au regard de sa longueur et de la diversité des décors naturels qu’il utilise, réactive un genre tombé en désuétude, le western, pour revenir sur la politique américaine vis-à-vis des Indiens, sujet central du genre s’il en fut.

Il le fait avec une certaine rigueur (les Cheyennes parlent cheyenne, ainsi que l’acteur principal qui joue le capitaine Bloker) et la traversée du territoire américain du Sud au Nord, du Nouveau Mexique au Montana, donne lieu à une diversité de paysages impressionnante. Et surtout, le film raconte un moment précisément daté de l’histoire de la conquête du territoire états-unien, quand le président Harrison (en fonction de 1888 à 1893) décide de faire un geste en direction des Indiens, en autorisant le retour dans ses terres du Montana d’un vieux chef cheyenne mourant, incarcéré avec sa famille depuis des années dans un fort du Nouveau Mexique. Le capitaine Bloker qui a conquis ses titres de gloire dans les épisodes les plus célèbres de la guerre d’extermination contre les Indiens, est chargé, contraint et forcé, d’exécuter l’ordre présidentiel, avant de prendre sa retraite.

La petite troupe composée de quelques soldats, dont un caporal noir, pour encadrer la famille indienne, va très vite traverser le lieu d’un massacre que nous avons vu en pré-générique, celui d’une famille de fermiers par des Indiens comanches, auquel seule a survécu la mère. Après avoir enterré le père et les trois enfants, la troupe repart avec la mère que le capitaine Bloker et toute la troupe vont tenter de protéger ; les Comanches en question ne tardent pas à les attaquer, et les Cheyennes ayant fait la preuve de leur loyauté et de leur courage, le capitaine accepte de libérer de leurs chaînes les deux hommes (le père et le fils), pour qu’ils puissent être plus efficaces contre les Comanches, ce dont ils vont bientôt faire la démonstration.

Une première étape s’achève dans un fort dont le capitaine repart avec un autre prisonnier, un officier qui doit être jugé pour avoir massacré une famille indienne. Lequel se révèle être un ancien compagnon d’armes de Bloker, qui plaide sa cause auprès de lui, en lui rappelant que le massacre des familles indiennes a longtemps été leur mission principale, mais Bloker lui rappelle que les ordres ont changé : les militaires se contentent désormais de les incarcérer ou de les déporter dans des réserves. L’officier félon va réussir à s’échapper avant d’être repris et tué par un des officiers de la troupe.

L’intérêt du film (en tout cas de sa première partie) est de rappeler cette guerre d’extermination qui est le ciment de la nation américaine, et que la politique de « clémence » n’advient qu’une fois que les Indiens ont été décimés.

Le personnage du capitaine sur lequel le récit se focalise (la performance de Christian Bale est remarquable) pose néanmoins quelques problèmes : il est construit au début comme une incarnation de la masculinité hégémonique la plus brutale et la plus butée, bien que sa lecture de La Guerre des Gaules dans le texte latin suggère déjà aux spectateurs avertis que nous sommes, que nous n’avons pas affaire à un soudard ordinaire…

Sa brutalité vis-à-vis des Indiens (il fait enchaîner les deux hommes sur leurs chevaux, dès que le fort n’est plus en vue), est très vite « compensée » par son extrême délicatesse à l’égard de la femme qu’il recueille, et plus tard par ses démonstrations d’amitié vis-à-vis du sous-officier noir blessé qu’il doit laisser à l’infirmerie du fort où ils ont fait étape. Le film propose ainsi une représentation finalement flatteuse de la masculinité hégémonique : certes il hait les Indiens, mais c’est le résultat de la guerre d’extermination qu’on lui a ordonnée de mener pendant des années, et par ailleurs il a toutes les qualités d’un grand chef et d’un homme, un vrai : chevaleresque avec les femmes et capable d’apprécier les qualités humaines d’un Noir au-delà des préjugés racistes.

Cette réhabilitation de la « bonne » masculinité va devenir le propos principal de toute la seconde partie, aux dépens de la vraisemblance : progressivement, au cours du voyage et des épreuves, son comportement avec les Cheyennes dont il a la garde change, et il finit par être leur défenseur contre les colons blancs qui veulent empêcher les Indiens d’enterrer leur chef dans leur terre ancestrale, sous prétexte qu’ils ont pris possession de cette terre, et malgré l’ordre présidentiel. Ils en viennent à s’entretuer : seuls survivent opportunément le capitaine, la femme (qui entretemps lui a manifesté son amour) et l’enfant indien…

L’épilogue interminable est d’une invraisemblance totale, comme si à cette époque, une femme blanche pouvait adopter sans coup férir un jeune garçon indien… La figure féminine n’a aucune consistance : elle n’a pas d’autre fonction que de figurer d’une part la vulnérabilité des victimes blanches de la barbarie indienne, dans la plus pure tradition du western (à quoi s’ajoute ici pour faire bonne mesure la brutalité des trappeurs), puis elle est systématiquement instrumentalisée pour mettre en avant les qualités « humaines » du capitaine.

Comment comprendre les faiblesses de ce film, par ailleurs plein de bonnes intentions ? C’est comme si le réalisateur (qui est aussi l’auteur du scénario) avait eu deux projets contradictoires : rappeler aux Etats-Uniens la faute originelle de leur construction nationale, l’extermination des Indiens, mais en même temps, ce qui est totalement contradictoire, remplacer la vérité par la légende d’une nation qui aurait ensuite accepté l’intégration de toutes ses composantes, blanches, indiennes et noires…


grr générique


0 commentaire

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.