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Disparition de Stéphane Audran

>> Geneviève Sellier  

Publié le mercredi 28 mars 2018



Stéphane Audran est décédée ce 27 mars 2018 : ce qu’il en coûte d’être « l’actrice fétiche » d’un réalisateur…

Tous les médias rappellent que Stéphane Audran fut « l’actrice fétiche » de Claude Chabrol, et sa compagne puis son épouse entre 1959 et 1980. Si elle avait détrôné la première femme de Chabrol, Agnès Goute, celle dont l’héritage a financé ses premiers films, elle sera à son tour détrônée à la fois par la scipt-girl du réalisateur, Aurore Pajot, qui en fera sa troisième épouse, et par sa nouvelle égérie, Isabelle Huppert, qu’il révèle dans Violette Nozière, où Stéphane Audran joue la mère de la jeune actrice, façon de signifier sa mise au rencart !

Il faudrait ajouter que la période où Stéphane Audran est « l’actrice fétiche » de Chabrol est extrêmement courte : elle dure de 1968 à 1971, soit pour 5 films : Les Biches, La Femme infidèle, Le Boucher, la Rupture et Juste avant la nuit. Et comme Jean-Pierre Mocky le rappelle dans l’entretien qu’il a donné à France-Info ce 27 mars, comme elle était l’actrice fétiche de Chabrol, les autres cinéastes l’ont peu sollicitée, comme si elle était d’abord une chasse gardée, puis un produit avarié, « a damaged good » comme disent les Américains. On a pu constater le même phénomène avec Anna Karina, « actrice fétiche » de Jean-Luc Godard.

Pourtant, le talent de Stéphane Audran ne se réduit pas aux rôles de bourgeoise élégante et cynique ou de lesbienne vampirique, où elle a excellé dans les films de Chabrol… Elle a également su jouer des figures féminines populaires, comme dans Coup de torchon de Tavernier (mais elle s’était déjà illustrée dans ce registre chez Chabrol, dans Les Bonnes femmes [1960] et dans Violette Nozière [1978]). Et une figure charismatique, celle de la cuisinière aussi généreuse que raffinée du Festin de Babette viendra couronner sa carrière en 1987. Ce dernier rôle marquant confirme qu’elle a été sous utilisée par le cinéma français… Avoir été l’actrice fétiche d’un « auteur » apparaît sinon comme une malédiction, au moins comme un cadeau empoisonné.


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